Les Armées

 

 2 - LES ARMEES


2 . 1 Le drapeau.

2 . 1 . 1 Historique et description.

«Au drapeau». Dans l’air du matin, la musique joue tandis que le drapeau claque au vent. Les Compagnies présentent les armes, les officiers saluent.

Il y a un instant le chef de Corps prononçait l’allocution rituelle «le drapeau qui va vous être présenté est celui de votre régiment, à travers lui, c’est la représentation symbolique de la France que vous devez voir…

Vos anciens ont souffert et parfois sont morts pour votre pays ; en lettres d’or les noms des victoires qu’ils ont remportées, sont inscrites dans les plis du drapeau…

Ces trois couleurs sont celles de votre pays, le blanc de la royauté, allié au bleu et au rouge couleurs de la ville de Paris, symbole des idées nouvelles, vous content toute l’histoire de la nation française…»

Depuis que l’homme s’est constitué en bandes le regroupement des idées s’est fait autour d’un symbole.

Les Gaulois avaient choisi le sanglier, les romains l’aigle, l’important était que ces hommes possédaient un signe d’identité, de ralliement. Bannière, oriflammes, étendards, ils sont en même temps qu’un distinctif (Louis XIV y fera broder sa marque personnelle) objet de commandement et de ralliement toujours. A cette époque le respect de ces emblèmes naît. Au XVIIIè siècle, il devient un trophée et fait l’objet d’une certaine idolâtrie (Sous l’Ancien Régime les régiments ont possédé plusieurs drapeaux par compagnie jusqu’à la veille de la Révolution).

Louis XIV adopte les trois couleurs. Le décret du 30 juin 1791 ordonne que le premier drapeau de chaque régiment portera désormais les trois couleurs. Napoléon en uniformise la disposition et fixe la destination des drapeaux à chaque Régiment. Mais l’Aigle devient le symbole principal, il peut même signifier l’Aigle règne sur la France, les 3 couleurs étant en dessous, cela dès 1804.

Le 14 juillet 1880, devient la première fête nationale et a lieu la première remise de drapeaux, la tradition demeure de nos jours.

La Cavalerie ne possède pas de drapeaux, mais des étendards. Au début du XVIème siècle l’étendard à deux pointes devient un emblème de Cavalerie.

L’étendard à deux pointes reste aux Dragons jusqu’à la fin du XVIIème siècle. Au XVIIIème siècle, ils perçoivent un «guidon» carré qui détermina la forme des étendards actuels. La cravate est blanche, les soies sont frangées d’or et décorées d’armoiries et de devises.

En 1812 apparaît la disposition actuelle des couleurs comme pour les drapeaux, dès 1797, les batailles y sont inscrites.

Le Second Empire, fixe que la Légion d’Honneur pourra être accrochée à l’emblème «pour la prise d’un drapeau à l’ennemi».

 

Le drapeau.

 

Il est constitué de parties fixes et de parties flottantes.

Les parties fixes comprennent une hampe en bois en deux parties :

- La partie supérieure avec la lance et la virole.

- La partie inférieure avec une douille et le sabot.

 

Les parties flottantes comprennent :

- Une surface carrée en soie divisée en trois parties égales (bleue, blanche, rouge),

- Une surface rectangulaire (ou cravate) tricolore également.

 

La hampe.

En bois. Peinte en bleu avec sa base terminée par un sabot en bronze doré.

Elle a deux mètres de haut et 32 mm de diamètre.

Elle est surmontée d’un fer de lance en bronze doré ou mercure reposant sur un socle en forme de cartouche oblong portant sur la face les lettres R.F. et sur le revers la désignation du Corps.

 

L’étamine.

Elle est en soie. Trois bandes la constituent, pour former un carré de 90 cm de côté.

Chaque face est ainsi formée de trois bandes.

Du coté bleu, un fourreau permet de fixer l’étoffe à la hampe. Ce fourreau comprend des œillets d’argent qui reçoivent les vis en cuivre. Les trois autres bords sont garnis d’une frange à torsades en or fin, de 64 cm de hauteur. Le drapeau est bordé d’une lézarde au ras des franges et sur les quatre côtés.

La cravate.

Elle est un rectangle de 90 cm de longueur sur 24 cm de largeur, divisée sur sa largeur en 3 parties de 8 cm.

Elle est accrochée par son milieu à un bracelet, au moyen d’une couture. Le bracelet est vissé à la hampe sous la lance. Les deux extrémités de la cravate comprennent une lézarde et des franges de 8 cm de long.

La cravate reçoit à chaque extrémité et sur une seule face une broderie or à la main formant une couronne composée d’une guirlande de chêne et laurier avec le numéro du Régiment au centre. Cette broderie est faite de cannetille et de paillettes.

 

L’étendard.

La confection est identique mais l’étamine mesure 64 cm de côté. La largeur de la cravate est de 21 cm. La couronne de chêne et laurier a une forme plus ovoïde. La hampe mesure 1,80 m.

 

Inscriptions

Sur les deux faces du drapeau ou de l’étendard et aux quatre angles sont des couronnes de chêne et de laurier au centre desquelles est inscrit le numéro du corps.

Ces couronnes sont dessinées à l’or fin et fixées au moyen de vernis composés d’huiles cuites. Afin de leur donner du relief, elles sont ombrées à droite et éclaircies à gauche, à l’aide de fines peintures à l’huile.

Les inscriptions sont faites sur le même procédé.

Les drapeaux et étendards portent sur l’avers REPUBLIQUE FRANCAISE en lettres de 50 mm de hauteur et le numéro du corps et sa désignation, le numéro ayant 55 mm de hauteur et les lettres de 40 mm.

Sur le revers la mention HONNEUR ET PATRIE en lettres de 55 mm de hauteur et le nom et la date des batailles livrées par le Régiment en lettres de 35 mm.

Jusqu’à concurrence de huit noms de batailles, les inscriptions figurent sur la partie blanche du revers des emblèmes. Les 9ème et 10ème inscriptions seront portées sur la partie rouge, les 11ème et 12ème sur la partie bleue à hauteur des 1ère et 2ème figurant sur la partie blanche.

Dans le cas de 14 inscriptions, les 6 dernières seront réparties trois sur le rouge, trois sur le bleu, dans l’ordre des millésimes.

 

Vocabulaire technique.

Hampe : c’est la partie en bois, qui surmontée de la lance, sert à accrocher l’étamine. La hampe est faite en deux parties. La hampe est en frêne.

La lance : est la pointe en bronze doré dont la base est une cartouche contenant en abîme la légende R.F. et à l’avers le numéro et le nom du régiment. Sur la lance est fixé le bracelet.

Le sabot : également en bronze doré, est la partie qui se trouve à l’extrémité inférieure de la hampe. Tous les accessoires métalliques sont dorés au mercure. Les motifs en relief sont brunis, les parties en creux à fond sablé.

L’étamine : est souvent nommée aussi «les soies», c’est la partie en soies tricolores.

 

Conclusion :

Ainsi, le sens des mots est double. Un drapeau correspondant à une définition technique, à des pièces différentes qui forment un ensemble, mais le drapeau est surtout un symbole, celui du pays tout entier. C’est un rappel permanent du passé le plus beau, des sacrifices consentis par les générations successives et c’est le rappel de la liberté. Combien est triste une nation qui ne voit plus flotter son emblème, nous Français, nous avons connu tout cela et c’est pourquoi, la jeunesse doit connaître le sens des mots. 

 

 

2 . 1 . 2 Description des emblèmes.

Au sein de l'armée de terre, on peut distinguer des emblèmes de dimensions différentes appelés drapeau et étendard.

Le drapeau est l'emblème des unités anciennement à pied : l’infanterie, le génie, les troupes de marine, les transmissions. Il mesure 90 cm².

L’étendard est l’emblème des unités anciennement montées : l'arme blindée cavalerie, l'artillerie, le train, l'aviation légère de l'armée de terre. Pour offrir moins de prise au vent, il est de dimension inférieure et mesure 64 cm2.

Ces emblèmes se composent de trois parties : le tablier, partie flottante en faille de soie ; la cravate et la hampe surmontée d'un fer de lance (symbole de la République).

Le tablier porte à l'avers République Française suivie de l'appellation du régiment. Au revers, se trouve la devise honneur et patrie. Quelques emblèmes portent une devise particulière. La région étrangère arbore Honneur et Fidélité, l'école Spéciale Militaire porte le nom de 1er Bataillon de France. Ils s'instruisent pour vaincre.

La devise est suivie des noms de batailles pendant lesquelles le corps s'est distingué. La plus ancienne inscription est Valmy 1792. En 1879, le nombre d'inscriptions est limité à 4. Après chaque conflit, une commission des drapeaux se réunit pour décider des nouvelles inscriptions de bataille à porter sur les plis des emblèmes. C'est pourquoi en 1920, ce nombre fut porté à 8. En 1948, il passa à 12.

La disposition des inscriptions fut arrêtée de la façon suivante : les 8 premiers noms dans le lé blanc, les 9e et 10e dans le lé rouge et les 11e et 12e dans le lé bleu.

Toutefois, afin de faire figurer l'inscription Indochine sur quelques emblèmes, le nombre total est exceptionnellement porté à 13, 14 ou 15 pour quelques emblèmes.

La cravate. C'est vers 1690 que les drapeaux sont ornés d'une cravate blanche appelée alors écharpe, marque de commandement et d'appartenance au Roi de France. L'usage de la cravate est confirmé après la défaite de Fleurus où la conformité des uniformes ne permet pas de différencier les troupes. Le décret du 22 octobre 1790 ordonne le remplacement de la cravate blanche par la cravate tricolore.

Les décorations collectives obtenues par l'unité doivent être cousues sur la cravate de l'emblème et la fourragère attachée à l'anneau de la cravate.

NOTA :

PAVILLON : Terme général d'origine maritime désignant tout insigne d'étamine ou d'étoffe légère qu'on peut frapper sur une drisse ou hisser à un mât. Le plus important est le pavillon national, arboré par les navires de guerre et de commerce, ce qui explique que le mot pavillon est aussi employé dans un sens général comme synonyme de "drapeau national".

Documentation S H A T

Nota = Armées d’aujourd’hui n°221

 

2 . 2 Le Salut.

2 . 2 . 1 Origine et différentes façons de saluer.

Salut (terme générique), ou salut militaire.

Ce mot latin est pris dans un sens analogue à salutation : mais il s’écarte infiniment de l’acception primitive, puisqu’il est de haut cérémonial de saluer à coups de canon et que les salves sont un salut.

Le salut est un acte de déférence et de discipline, un honneur rendu, une sorte d’hommage hiérarchique, un gage de subordination, ou une simple politesse, un pur échange d’égard.

Le salut s’adresse à des villes, à un pavillon, à un drapeau, à des fonctionnaires, à des signes vénérés, tels que le saint sacrement, à un supérieur ou même un égal.

La manière de saluer, si l’on est sous les armes ou non, est différente.

Il a été d’une politesse recherchée de ne remettre une missive, un message qu’à la pointe d’un sabre ou d’un fer de pique ; c’est pourquoi des lettres se fermaient avec des rubans ou des lacets de soie et l’usage de présenter les armes pour saluer n’a pas d’autre origine que l’ancienne manière de cacheter les enveloppes. – On a salué en dressant le bois ; on a salué de l’esponton ; on a salué en s’inclinant et en ôtant le chapeau, depuis qu’il est devenu tricorne. Car le chapeau rabattu, ou à Henri IV, ne se quittait pas même à table, comme le témoigne Guignard ; s’en débarrasser eût été une impolitesse de la part d’un militaire envers un chef ; moins on était élevé en grade, plus le chapeau devait rester cloué. On le tenait bas si l’on parlait au roi, ou à un chef ; on y portait la main, si l’on prêtait l’oreille aux ordres ou aux discours d’un chef. Si l’on a salué du chapeau, c’est parce qu’il s’est retroussé à cornes. S’il s’est relevé à cornes c’est pour qu’on pût se débarrasser d’un chapeau dans les temps de grande chaleur.

On salue de la main, de l’épée, du fusil, du sabre, de la lance, suivant qu’on est à pied ou à cheval, suivant qu’on est sous les armes ou non.

En Prusse, le soldat qui rencontrait un officier, s’arrêtait, faisait face, restait droit, n’ôtait pas le chapeau ; c’était une règle dicter par l’économie : il s’agissait d’user le moins possible le feutre.

En Autriche, en Hongrie, pays dont le shako est originaire, le soldat ne saluait qu’en y appliquant le dos de la main droite.

Dans la milice anglaise, le salut était le premier chapitre, la première leçon, de l’exercice enseigné aux recrues. Les règlements y rattachaient une haute importance. Ce salut n’est pas une politesse particulière d’un soldat envers les officiers du régiment, mais le signe de déférence d’un subordonné à l’égard de tous ses supérieurs dans toute l’armée. M. Ch. Dupin (1821) entre ce sujet dans des détails étendus.

En France, il a été agité avec raison s’il ne conviendrait pas d’honorer d’un salut le militaire blessé en combattant à l’armée. Une disposition légale de l’an trois (14 fructidor) l’ordonnait. Mais l’intention, bonne en elle, resta sans résultat, faute d’un signe qui fît connaître si un amputé ou un mutilé était blessé du fait de la guerre. Les ordonnances du 1727 (20 avril), de 1750 (25 juin), et surtout celle de 1755 (2 juin) que mentionne Ganeau, étaient les premières qui eussent trait à quelques détails des saluts et des honneurs.

Le gradé supérieur devait, disent les ordonnances, rendre au gradé inférieur le salut .

La présentation d’armes de toute une troupe est en général un salut d’entrée honneur ; mais il est d’usage dans les revues, de ne les présenter qu’au roi. Le décret de l’An 12 (24 messidor) est au surplus dépourvu d’un chapitre qui explique quels sont les saluts des revues.

Dans le silence des règlements, on a supposé que les hommes coiffés du bonnet à poil ne doivent pas, quand ils saluent, se découvrir, mais qu’en bonnet de police on le doit.

Salut avec armes.

Sorte de salut qu’une troupe d’infanterie en armes, qu’une sentinelle, adresse à un supérieur qui les rencontre ou les inspecte.

Le salut en armes consiste dans certaines batteries de caisses, dans le port ou la présentation d’armes.

Si les hommes de troupe porteurs de leurs fusils,et marchant isolés, rencontraient des supérieurs, ils dressaient l’arme en passant près d’eux.

Si les hommes étaient appelés par un officier général, un commandant de place, un officier supérieur, ou par leur capitaine, ou s’ils sollicitaient de ces chefs une audience ou lui adressaient une requête, ils s’en approchaient les armes présentées.

L’usage s’en est maintenu. Les règlements à cet égard se taisaient ; mais il reste douteux si la présentation d’armes serait due au capitaine.

Une nouvelle manière de saluer était introduite par l’instruction de 1769 (1er mai) : c’était un maniement d’armes qui répondait à la présentation actuelle des armes, et qui compliquait à l’allemande le signe de déférence : il se divisait en quatre temps : on portait et présentait le fusil, en tournant sur le talon gauche : on inclinait le canon. On le redressait, on redescendait l’arme. Il y avait une manière analogue de saluer en marchant. - Cette instruction et avec elle ce salut si compliqué sont tombés en oubli.

La consigne donnée aux sentinelles a, en partie, pour objet de leur faire connaître quels honneurs elles ont à rendre, quand et à qui elles doivent tel ou tel genre de salut.

Le salut de l’esponton appartient au règne de Louis XIV ; c’était une espèce de tour d’adresses de balladin. L’officier d’infanterie défilait demi-courbé, gesticulant d’une main avec son esponton et tient de l’autre son petit tricorne à peu de distance de sa volumineuse perruque à la brigardière.

Le salut à l’épée était prescrit et démontré aux officiers par l’ordonnance de 1766 (1er janvier), par les règlements de 1776 (1er juin), et 1791 (1er août), reproduit en 1831 ; il s’exécutait en quatre temps. Le salut d’épée n’était obligatoire, on peut même dire, n’était permis qu’aux officiers supérieurs. Ils présentaient et abaissaient la lame, soit de pied ferme, soit en défilant devant un supérieur, devant le drapeau. Quant aux officiers particuliers, ils ne devaient ce genre de salut que quand, de pied ferme un supérieur leur adressait la parole.

Avant la création de l’intendance, les sentinelles ne présentaient les armes qu’aux inspecteurs en chef aux revues. Le corps d’intendance a demandé que les armes fussent présentées, même aux sous-intendants ; et en effet, ces fonctionnaires marchent à la gauche des colonels ; mais les règlements n’expliquent pas si les officiers supérieurs défilant devant un membre de l’intendance, qui ne serait pas assimilé à leur grade, ou même au-dessous, devraient le salut d’épée et si le porte-drapeau devait le salut de son insigne.

 

Salut de drapeau.

Sorte de salut que le porte-drapeau est tenu de faire en route en défilant ou de pied ferme, aux princes français, aux maréchaux, et dans les revues sur le terrain que passent des généraux : mais il restait mal éclairé si le salut était dû aux revues de sous-intendants.

Dans ce cas, il incline son drapeau presque jusqu’à terre, en retenant l’étoffe pour qu’elle ne traîne pas.

L’ordonnance de 1766 (1er janvier), avait prononcé à cet égard. Le règlement de 1791 (1er août) enseignait, pour ce genre de salut, la théorie du maniement du drapeau.

Salut à feu.

Sorte de salut qui consiste dans des détonations d'artillerie, en l'honneur d'un personnage, d'un bâtiment de mer, d'un lieu fort, d'un port à qui cette civilité est due en vertu d'un cérémonial routinier et d'une jurisprudence assez mal déterminée. S'il s'agit d'un port maritime, d'un vaisseau, ils rendent le salut ou, comme l'on dit plus techniquement, ils y répondent par un nombre égal de coups à poudre.

Du temps de Henry Estienne, le mot salve, qui venait d'être emprunté à l'Italien, prenait à peu près le même sens, mais il donnait idée d'une simultanéité de coups, tandis que le salut a surtout lieu au coup par coups.

La charge de poudre dont les uns et les autres se composent est égale au quart du poids du boulet.

On appelle aussi salut une salve de coups de fusil, un rouffle, comme on disait jadis, qui est le dernier adieu à un mort de distinction, à un camarade d'armes, dont l'enterrement a lieu avec les honneurs de la guerre.

Salut au canon.

Sous l’Ancien Régime, on tirait de 1 à 5 coups de canon pour les honneurs funèbres des petites gens.

Pour les personnes de conditions supérieures, on tirait un nombre supérieur de coups de canon pour les honneurs funèbres ou vivants.

On tirait 101 coups de canon pour les rois, c’est-à-dire une multitude de coups- soit 100 coups- (sic) plus 1.

Le règlement du 4 octobre 1891, dans son article 301, définissant ainsi les saluts au canon :

- pour un général de brigade = 7 coups,

- pour un général de division = 9 coups,

- pour un général de corps d’armée = 11 coups,

- pour un général d’armée = 15 coups,

- pour les maréchaux et amiraux = 17 coups,

- pour le ministre de la Guerre ou de la Marine = 19 coups,

- pour le président de la République = 101 coups,

qui ont été ramenés à = 21 coups en 1975 (B.O. de la Marine du 30 juin).

Théoriquement maintenu à 101 coups pour l’Armée de Terre (service de garnison du 16 juin 1907 BOEM n° 122 – mis à jour en décembre 1976 – Article 19,- titre III - Section 1).

Le dernier chef d’Etat salué par 101 coups de canon fut la Reine d’Angleterre, lorsqu’elle fut accueillie par monsieur COTY.

 

Autre salut au canon.

Les vaisseaux de guerre arrivant dans un port étranger faisaient la preuve de leurs intentions non belliqueuses en vidant tous leurs canons.

Les autorités du port les accueillant en tirant, à leur tour, un nombre égal de coups de canon.

QUID 95

Documentation SHAT (salut au canon)

 

 

2 . 2 . 2 Sens et valeur du salut militaire.

Trop souvent, on ne sait pas saluer et on ne sait pas rendre le salut. L'une des raisons en est la méconnaissance de ce que représente ce geste.

Le salut militaire fut, à l'origine, avant tout un signe de paix. Deux guerriers s'abordant sans intention hostile avaient à cœur de se faire mutuellement constater l'innocence de leurs intentions : ils levaient alors la main droite, paume largement ouverte, afin de montrer qu'ils n'y tenaient pas d'armes. Ce geste de fraternité est probablement aussi vieux que les armées... On le trouve mentionné déjà dans de nombreux textes grecs et latins. Les guerriers puis chevaliers du début du moyen-âge en prolongèrent le sens, ainsi qu'en font preuve figurines et bas-reliefs de nos cathédrales romanes et gothiques.

Fraternité et courtoisie: Tels sont à l'heure où disparaît la chevalerie les principes fondamentaux qui régissent le salut militaire. Ils demeureront jusqu'aux XVIIème siècle qui apportera un élément nouveau : le symbole de la fidélité. Désormais, lorsque deux militaires se rencontreront (et peu importent leurs grades) tous deux auront à cœur de se faire souvenir l'un et l'autre de l'obligation commune qu'ils ont envers le drapeau. Ils vont refaire alors le vieux geste chrétien du serment prêté sous les couleurs du régiment, ils lèveront la main droite vers le ciel, le pouce et le majeur (figurant les trois personnages de la sainte trinité) largement écartés.

Ce geste ne comportait aucune nuance de subordination à l'égard de celui que l'on rencontrait. En le faisant, deux militaires ne faisaient que se rappeler leur commun idéal, leur fidélité à la foi jurée. Telle en était la signification. Cependant les bicornes et les tricornes de l'époque dépassaient largement la tête et, en levant la main droite vers le ciel, les doigts effleuraient le bord de la coiffure, le plus souvent même s'y arrêtaient. De là à dire que le salut consiste à "porter la main à la coiffure", il n'y avait qu'un pas, et ce pas devait amener l'oubli de la valeur symbolique du salut.

Entre le supérieur et le subordonné, le salut est tout sauf une marque de servilité. Le règlement français d'avant 1914 disait : "Deux militaires qui se rencontrent échangent le salut. Le subordonné prévient le supérieur en saluant le premier". Le salut est le rappel de la mission commune; il ressort de la fraternité d'armes. Signe de cohésion, d'union, donc de confiance, il témoigne de la certitude que le supérieur et le subordonné se donnent de pouvoir, en toute occasion; compter l'un sur l'autre. Et de quelle manière la confiance se lirait-elle mieux que dans les regards qui se cherchent?

Ainsi le salut est un geste chargé de symbole. Il convient de rappeler son sens qui est trop souvent méconnu et déformé et de réagir surtout contre le caractère de serviabilité qui a pu, bien à tort, lui être parfois attribué.

NOTA: A compter de 1984, le Ministre de la Défense a décidé que les militaires salueront désormais de la même façon, qu'ils portent une coiffure ou non, afin de permettre, en toutes circonstances, de rendre individuellement les honneurs aux autorités et aux symboles.

Documentation S H A T

 

2 . 3 Les grades .

2 . 3 . 1 L’origine des grades.

Maréchal

Vient du franc Marhskalk et du latin Mariscalus, apparaît en France au XI ème et signifie maréchal-ferrant. En 1155 le mot signifie "officier chargé du soin des chevaux", et en 1213 «officier commandant une armée». (1)

La dignité de Maréchal de France, dont l’origine remonte à Philippe-Auguste, fut supprimée lors de la Convention, le 21 janvier 1793 avec comme motif le fait qu’elle ne convenait pas à un régime Républicain.

Elle fut rétablie par décret du 28 Floréal de l’An 12 (19 mai 1804) sous la nouvelle dénomination de Maréchal d’Empire. Cette dignité civile n’entraînant en fait aucune autorité. (2)

 

Les Officiers

Le mot "officier" fut emprunté dés 1327 au latin médiéval "officiarus" (personne pourvue d'une charge). Son emploi dans la hiérarchie militaire apparaît d'abord au XVIe siècle dans la marine, puis à la fin du XVIIe siècle dans l'armée de terre. (3)

 

Officiers généraux

Les officiers généraux représentent la catégorie des grades les plus élevés dans la hiérarchie militaire et constituent le lien obligé entre l'armée et le roi; ils sont dits "généraux" car ils n'appartiennent à aucun corps de troupe particulier, bien que pouvant commander indifféremment tous corps d'armée à la demande du général et sous ses ordres. (3)

 

Général

Général : Terme apparu au XVème siècle comme abréviation de capitaine-général. (1)

Le mot "général" est un empreint du XIIe siècle au latin "généralis" signifiant "qui se rapporte à un genre". Joint à une fonction, il qualifie le titulaire d'un grade supérieur embrassant l'ensemble d'une hiérarchie, militaire par exemple. Ceci depuis le début du XVIe siècle. (3)

Généralissime, général d’armée, général en chef ou commandant d’armée.

Ces trois dénominations, qui indiquent un pouvoir suprême aux armées, peuvent être considérées comme n’en faisant qu’une, puisqu’elles désignent sous ces différents titres, un commandant en chef d’armée. Cependant, on n’accorde ordinairement la première qu’à un prince du sang ou à une personne de la plus haute dignité, pour les distinguer des autres généraux en chefs, et faire rejaillir sur la charge qu’ils occupent l’éclat de leur nom et de leur naissance.

Il y eut des généraux en chef sous la première race; mais il serait difficile de préciser l’époque, ni de donner le nom de celui qui, le premier, fut honoré de cette haute confiance. Les maires du Palais, les sénéchaux, les connétables et les maréchaux étaient spécialement destinés au commandement en chef. Toutefois, un général habile pouvait prendre ce dernier titre sans posséder aucune dignité de la couronne, et il n’est pas sans exemple que des généraux en chef ou commandants d’armée, sans être revêtus de la dignité de généralissime, aient commandé des maréchaux en France.

L’amiral de Brion, comte de Busençois, fut le premier, revêtu du titre de commandant d’armée, sous François Ier, en 1535. (4)

 

Colonel

L’étymologie du mot Colonel vient des anciens officiers que l’on chargeait autrefois du commandement d’une colonne (de l’italien Colonello), et qui par contraction, furent appelés colonels.

L’autorité du colonel était autrefois très grande, et ces officiers marchaient hiérarchiquement après le général d’armée; mais cette charge commença à décroître à l’époque de l’institution des inspecteurs généraux, et se trouva à peu près resserrée dans les bornes où elle est actuellement renfermée. Avant 1790, ils étaient capitaines de la 1ére compagnie de leur régiment.

Le premier devoir du colonel est de s’attacher la confiance et le respect de son régiment, et surtout le dévouement de ses officiers. Il doit se considérer comme chef d’une nombreuse famille, et l’administrer avec les mêmes soins qu’un bon père doit à ses enfants. Une familiarité noble et limitée lui conciliera facilement tous les cœurs. L’estime, l’attachement et une fidélité sans bornes seront le prix de sa sollicitude. Dans une action, son courage, sa prudence et son sang-froid ajouteront encore un nouveau titre à l’amour de ses soldats.

Les manœuvres, les détails de service, en général, et l’administration, sont les principales connaissances du colonel. Cet officier supérieur pouvant s’élever à toutes les dignités militaires, doit chercher à acquérir tous les talents qui peuvent l’y porter. (4)

 

Mestres de camp

Le grade de mestre de camp, qui est le même que celui de colonel, fut porté par tous les commandants de régiments d’infanterie et de cavalerie.

La qualité de mestre de camp n’était autrefois qu’honorifique, et l’on pouvait la porter sans avoir de régiment ni de fonction assimilée au grade de colonel. (4)

 

Lieutenant-colonel

Lorsque le Duc d’Epernam posséda, en 1582, la charge de colonel général, il avait, dans chaque régiment d’infanterie, une compagnie qu’on appelait la colonelle, et qui était la première du régiment. Le capitaine, qui commandait la colonelle, portait le titre de lieutenant-colonel; c’est à dire qu’il tenait la place de colonel général, à qui appartenait cette compagnie.

Telle est l’origine du grade de lieutenant-colonel, il était le second du régiment, et ne fut donné, dans l’origine de son institution, qu’aux officiers d’une valeur éprouvée. (4)

 

Commandant de bataillon, chefs de bataillon

Commandant

Vient du latin Mandare, prescrire, confier, mot qui a donné commendore puis commander en français, au Xe siècle. Le verbe a pris un sens militaire au XVIe siècle pour donner commandant au XVIIe siècle. (1)

En 1734, on créa, dans les régiments d’infanterie à plusieurs bataillons, un grade intermédiaire entre le lieutenant-colonel et le capitaine : ce fut celui de commandant de bataillon; mais cet officier n’était pas alors officier supérieur. Il est dit dans l’ordonnance de création que, lorsqu’il y a plusieurs bataillons dans un régiment, chaque bataillon, à l’exception du premier, aura un commandant dans sa compagnie, et que ce commandant sera pris parmi les capitaines.

Les principales fonctions sont de surveiller la discipline, le service, la tenue, l’entretien, la réparation des effets d’habillement et l’instruction de leur bataillon. Le plus ancien remplace le lieutenant-colonel en cas d’absence ou de maladie. Ils sont eux-mêmes remplacés par le plus ancien capitaine. (4)

 

Chef d’escadron

Les chefs d’escadron ou commandant d’escadron sont à la cavalerie ce que les chefs de bataillon sont à l’infanterie. L’origine de ces grades est la même. (4)

 

Capitaines

Le titre de capitaine n’a pas toujours signifié le commandant d’une compagnie, et il a été porté par des officiers placés à la tête de corps nombreux (au commencement du XIVe siècle, on donnait le titre de capitaine aux premiers officiers de royaume, et ce titre correspondait à celui de général). On trouve ce terme employé, en 1587, dans un conseil de guerre tenu par Henri IV. Il y est dit que les capitaines opinèrent pour que ce prince poursuivit l’ennemi l’épée dans les reins. Ce titre est aussi donné à un général d’armée distingué par ses talents et sa tactique. C’est en ce sens que l’on dit que César, Bayard, Condé, Turenne, Bonaparte, Massena etc... étaient de grands capitaines.

Lorsque Charles VIII réforma une partie de la milice, il donna le titre de capitaine à ceux qui les commandaient mais il convient d’observer encore ici que ces officiers, étaient choisis parmi ceux des gentilshommes de la plus haute distinction.

Ce titre fut pris par la suite par tous les commandants particuliers des milices, tant dans la gendarmerie que dans l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, etc... Dès lors ce mot n’indiqua plus qu’un officier ayant titre pour commander une compagnie, tel, enfin, qu’il est de nos jours. (4)

L’étymologie de capitaine vient du latin caput; la tête, devenu capitaneus puis capitaine en français au XIIIe siècle dans le sens de chef militaire. (1)

 

Lieutenant

Dans tous les corps, le lieutenant est le second officier d’une compagnie ou escadron. Il remplace le capitaine en cas d’absence de ce dernier.

Le grade de lieutenant remonte à peu près à l’origine de celui de capitaine. En 1445, on comptait 32 lieutenants pour 16000 hommes, et en 1516, 2 lieutenants pour 1070.

Ce grade fut supprimé par Charles IX, et rétabli par Henri IV, qui l’employa avec avantage.

Avant ces époques, on les désignait sous le nom d’enseignes dans l’infanterie, et de cornettes dans la cavalerie.

L’étymologie du mot lieutenant vient évidemment de celui de tenant lieu (lieu-tenant) ; c’est-à-dire que, dans l’occasion, c’est celui qui remplace le capitaine, qui tient lieu de cet officier. (4)

 

Sous-lieutenant

Le sous-lieutenant est le troisième et dernier officier d’une compagnie ou d’un escadron. Ce grade n’est pas très ancien. Ce n’est que sous Henri IV qu’on le voit apparaître pour la première fois. Le premier qui a porté ce titre dans la maison du roi (M. de la Guiche de Saint-Géran) était sous-lieutenant dans la compagnie des gendarmes de la garde. On ne voyait avant cette époque dans les rangs de l’armée, après les lieutenants, que les enseignes, guidons, cornettes, maréchaux des logis et autres dénominations. (4)

Aspirant

Mot datant du XVe siècle, crée d'après le sens figuré «qui aspire à un emploi». (1)

 

Les sous-officiers.

Anciennement on leur donnait la dénomination de bas officiers, qu’ils échangèrent, en 1790, pour le titre plus digne qu’ils portent aujourd’hui. (4)

 

Major

Vient du latin magnus, grand, dérivé en major signifiant "le plus grand". Le mot est apparu en France au XVe siècle et dans son sens militaire au XVIIe siècle. Il désigne le grade le plus élevé des sous-officiers depuis 1975. (1)

 

Adjudant

Adjudant : Vient du latin adjuvare, aider. Le mot est devenu ajudar en espagnol avant de pénétrer en France pour donner adjudant au XVIIe siècle qui signifiait "officier en second". (1)

Le grade d’adjudant a été institué par le lieutenant général comte Saint-Germain ministre de la guerre, le 25 mars 1776.

Ils avaient rang de premier sergent major ou de premier maréchal des logis.

On comptait alors qu’un seul adjudant pour chaque régiment d’infanterie, mais une ordonnance de 1784, en créa un par bataillon.

Sous le gouvernement impérial, chaque bataillon avait deux adjudants (Décret de 1806).

L’adjudant est à cette époque le premier sous-officier d’un régiment. Il fait partie du commandement. A l’époque de la création de ce grade, il était spécialement chargé de l’examen des sujets propres à remplir les emplois de sergents et de caporaux.

Ils passaient lieutenants après 10 ans de service en temps de paix et 5 ans en temps de guerre .

Leurs fonctions se restreignent dans le commandement des gardes, corvées, piquets. Ils surveillent la tenue, la discipline, la conduite privée et les progrès des sous-officiers.

Il est à remarquer que l’adjudant portait toujours une canne, et ne devait tirer l’épée ou le sabre qu’à la guerre et pour sa défense personnelle.

Le corps et la tresse de ses épaulettes sont mêlés de soie rouge. (4)

 

Sergent

Sergent : Vient du latin servire, "être au service de", signifie serviteur au XIe siècle, avant de devenir un terme militaire. (1)

Le grade de sergent est un des plus ancien de la milice française; il désignait, à l’origine, un homme au service du prince et dérive du mot latin servientes, qui veut dire homme au service.

Une autre origine prétend que le mot sergent vient de ce que ces sous-officiers étaient chargés de faire serrer les rangs ou les files, et de là, la dénomination de sergent (serre-gens). Cette explication ne parait pas fondée, seulement on pourrait trouver dans le mot serre-gens l’origine de celui de serre-files. (4)

 

Maréchal des logis

Le maréchal des logis est à la cavalerie ce que le sergent est à l’infanterie. A l’origine, les fonctions de ce grade consistaient à distribuer les fourrages et à répartir les logements.

Chaque compagnie de cavalerie avait un maréchal des logis chargé de la distribution des fourrages, de la visite des écuries et de l’inspection des harnachements. Sous Louis XIV, les maréchaux des logis dans les régiments de cavalerie, étaient officiers. Leur nombre s’est accru par la suite, mais ils ne furent plus que sous-officiers.

Ce grade est aussi un des plus anciens dans les troupes de France. Il était déjà connu sous François 1er. La dénomination de maréchal des logis a souvent été remplacée par celle de fourrier, à présent elle appartient exclusivement à la cavalerie.

Les fonctions du maréchal des logis sont les même que celles de sergent. Il faut y ajouter les détails particuliers à leur arme. (4)

 

Les militaires du rang

Cap d’escouade, caporal

Caporal : Mot ayant la même origine que capitaine. Il apparaît en France au XVIe siècle. (1)

Les caporaux étaient connus, dans les légions formées par François 1er, sous le nom de cap d’escouade (chef d’escouade). Le mot caporal est emprunté de l’italien (caporale), et dérive du mot latin caput (la tête, voir également capitaine). C’est depuis Henri II que la dénomination de cap d’escouade a été remplacée par celle de caporal.

Ils sont chargés, sous la surveillance des sergents, des fonctions relatives aux détails intérieurs et de celles qui se rapportent au service.

Ils doivent savoir lire et écrire, connaître l’école du soldat, et être en état de pratiquer eux-mêmes celle du peloton. (4)

 

Brigadiers, sous brigadiers

Les brigadiers et les sous-brigadiers occupent, parmi les sous-officiers des troupes à cheval, le même rang que les caporaux d’infanterie.

Leurs devoirs sont absolument les mêmes.

Il y avait, aussi dans l’ancienne formation des régiments de cavalerie, des sous-brigadiers.

Ces deux grades ne paraissent pas plus anciens que l’institution des régiments de cavalerie (1635). (4)

 

Soldat

Le nom de soldat vient du mot soudoyé, c’est à dire, soldé, payé, entretenu aux frais de l’état. Il se nationalisa en France lorsque nos rois commencèrent à introduire l’usage de prendre des hommes à leur solde, indépendamment des troupes que leurs amenaient leurs vassaux. C’est à Philippe Auguste, vers l’an 1194, que les historiens attribuent l’introduction des armées permanentes, des troupes réglées, soldées ou soudoyées. Dès ce moment, le nom de soldat se communiqua insensiblement à tous ceux qui portaient les armes pour le service du prince. (4)

 

Autres versions

Vient du latin solidus signifiant solide qui a donné naissance au mot sou, "monnaire de valeur fixe". Sou est à l'origine de solde, " paie des gens de guerre", qui par l'italien a donné soldare, "payer une solde", puis soldato, "personne soldée". En Français le mot est devenu soldat au XVIe siècle, pour remplacer le mot soudard issu lui-même de sou devenu péjoratif. (4)

Appellation au moyen-age.

Au moyen-age on désignait les différentes troupes par le même nom des armes qu’elles portaient; c’est ainsi qu’on appelait archer, le fantassin ou cavalier armé d’un arc et de flèches; arbalétrier ou cranequinier, celui qui portait l’arbalète; arquebusier, hallebardier, lancier et piquier, ceux armées d’arquebuses, de hallebardes, de lances et de piques. On conservera cet usage par la suite et on nomma fusiliers, mousquetaires, carabiniers et grenadiers, les soldats armés de fusils, mousquetons, carabines et grenades. Plus récemment encore famasillers les utilisateurs de FAMAS. (4)

Autres appellations.

Fourrier

Le grade de fourrier est aussi très ancien parmi nos troupes, L’étymologie de ce mot vient du mot fourrages.

On reconnaît trois espèces de fourrier: les fourriers de l’Etat major de l’armée; les fourriers du corps de la maison du roi; les fourriers des différents corps de l’armée. Les fourriers de l’Etat major sont subordonnés aux maréchaux des logis de l’armée et sont chargés d’assigner les logements que doivent occuper les officiers généraux et ceux de l’Etat major.

Les fourriers du corps et de la maison du roi sont chargés, en temps de paix comme en temps de guerre, du logement et du quartier de sa Majesté, et de sa maison, ainsi que des troupes qui l’accompagnent.

Les fourriers d’infanterie, de cavalerie, de l’artillerie, de génie, etc..., sont, en quelque sorte, les secrétaires de la compagnie ou escadron, sous l’autorité du sergent major ou maréchal des logis chef. Ils tiennent tous les registres; ils font une partie des écritures et des distributions de vivres. Dans la cavalerie, ils ont de plus celles des fourrages. Dans cette dernière arme, ils ont souvent été désignés sous le titre de fourriers majors. (ordonnance de 1665). En garnison, en route et au camp, ils établissent le logement de la troupe. Cette dernière fonction est celle qui a été le plus anciennement exercé par les fourriers, lorsqu’il n’y avait pas de maréchaux des logis dans les régiments d’infanterie. (4)

 

Vaguemestre

Le mot vaguemestre, emprunté de l’allemand (on écrit dans cette langue; vaguen-meïster), n’est pas très ancien dans nos armées; il signifie maître de charrois, chef d’équipages.

Les vaguemestres sont pris parmi les sergents, et leurs devoirs consistent à retirer de la poste des lettres et de l’argent des hommes du régiment. L’usage de percevoir un sou pour chaque lettre fut introduit en 1701 (La lettres des caporaux et soldats étaient exemptes de cette rétribution). (4)

 

L’origine des compagnies d’élites

Enfants perdus

On appelait enfants perdus, les soldats de choix tirés des bandes ou des compagnies, pour marcher en avant des colonnes, monter à l’assaut, éclairer, escarmoucher. (4)

Grenadiers

Lorsque l’on cessa d’employer les enfants perdus, on choisit, parmi les soldats les plus robustes, des hommes de bonne volonté, chargés, dans les sièges de lancer des grenades. Louis XIV leur donna le nom de grenadiers en 1667.

Un soldat ne pouvait devenir grenadier qu’après 6 ans de service. Leurs principales prérogatives étaient l’exemption des corvées, autres que celles de leur compagnie, un sou de haute paie par jour, la garde d’honneur du drapeau et le droit de porter la moustache. (4)

Carabiniers

Les carabiniers sont à l’infanterie légère ce que les grenadiers sont à l’infanterie de ligne.(4)

Chasseurs

Les chasseurs à pieds sont les compagnies du centre des régiments d’infanterie légère. Ces corps sont destinés, comme les chasseurs à cheval, au service extérieur et avancé de l’armée.

Un régiment entier est souvent détaché en tirailleur et chargé d’éclairer la marche d’une division ou d’un corps d’armée. Néanmoins, on les voit quelquefois se battre en ligne. (4)

Voltigeurs

Les voltigeurs, spécialement destinés, dans l’origine, à être transportés rapidement par les troupes à cheval dans les lieux où leur présence pouvait être nécessaire, durent être exercés à monter lestement, et d’un saut, en croupe d’un homme à cheval, à en descendre avec légèreté, à se former rapidement, et à suivre à pied un cavalier marchant au trot. A cet effet les compagnies de voltigeurs, formées d’hommes bien constitués, rigoureux et lestes, mais de la plus petite taille, furent armées de fusils très légers et d’un sabre briquet (jusqu’en 1807).

Les voltigeurs jouissent des mêmes prérogatives que les grenadiers et les carabiniers. (4)

Nota:

- Afin d’obtenir des unités plus homogènes, les grenadiers et les voltigeurs vont être regroupés au sein des mêmes unités (probablement vers 1850) d’où l’appellation actuelle G.V. (Grenadiers-Voltigeurs).

- «Mon» devant le grade ; c’est la contraction de monsieur. A l’origine on ne disait donc pas mon général mais monsieur le général. Cet adjectif possessif masculin n’a donc raison d’exister lorsqu’on s’adresse à un militaire féminin. Il ne faut donc pas dire à une femme «mon adjudant» mais «adjudant».

Référence : (1) Colnem

(3) Tradition n°136

(4) SICAR 1834

 

2 . 3 . 2 Maréchal d'Empire .

La dignité de Maréchal de France, dont l’origine remonte à Philippe-Auguste, fut supprimée lors de la Convention, le 21 janvier 1793 avec comme motif le fait qu’elle ne convenait pas à un régime Républicain. Elle fut rétablie par décret du 28 floréal de l’An 12 (19 mai 1804) sous la nouvelle dénomination de Maréchal d’Empire. Cette dignité civile n’entraînant en fait aucune autorité.

La fonction.

Créée dans le but de copier l’ancien régime, elle permettait en outre de récompenser les amis, les fidèles, les vieilles gloires de la République et enfin… d’apaiser les envieux.

Les quatre premiers généraux nommés avaient en commun le fait d’avoir commandé en chef, et étaient retirés du service actif. C’étaient Kellermann, Lefebvre, Pérignon, Sérurier. Leur dignité leur fût décernée «à titre honoraire».

Puis ce furent Augereau, Bernadotte, Berthier, Bessières, Brune, Davout, Jourdan, Lannes, Masséna, Moncey, Mortier, Murat, Ney et Soult qui prêtèrent serment à Louis le Connétable, le 23 mai.

Ultérieurement, d’autres nominations furent prononcées : Victor en 1807, Mac Donald, Marmont, Oudinot en 1809, Suchet en 1811, Gouvion Saint-Cyr en 1812, Poniatowsky en 1813, Grouchy en 1815.

Le caractère.

S’il fallait dépeindre les Maréchaux d’Empire, nous pourrions tracer un calque et chacun y rentrerait presque parfaitement à un détail près, peut-être. Ils tirent leur valeur militaire d’une solide formation de sous-officier de l’Ancien régime et ils sont jaloux de leur origine, bien que n’étant pas d’un naturel fier dans la vie. Ils ont le culte de la valeur physique, ce sont des meneurs d’hommes et on les trouve souvent sur tous les champs de bataille.

Ils ont en commun le goût du faste et de l’existence large et facile. Peu religieux, à l’exception de Bessières, ils ne détestent pas les plaisirs de la table et des femmes.

Envers leur Empereur, ils sont courtisans et fidèles, envers leurs hommes ils sont pour la plupart accessibles.

Pourtant, en dehors de ces traits généraux de caractère, on peut les subdiviser en quatre catégories :

Intègres : Bessières, Suchet, Mac Donald.

Hommes de Guerre : Davout, Gouvion Saint-Cyr, Suchet, Masséna.

Intéressés : Augereau, Masséna, Brune.

Le Préféré : Lannes.

Leur armée.

Il faut voir dans les armées des Maréchaux, comme un prolongement à leurs traits de caractère.

C’est ainsi que :

Bernadotte a une armée bien tenue, Bessières est adoré par ses soldats, ferme au combat et brave jusqu’à la folie ; Masséna est peu estimé par ses hommes, mauvais administrateur et ne pense qu’à s’enrichir. Lefebvre est bon et est resté auprès de ses hommes le sous-officier qu’il a été. Mac Donald est plein de sollicitude pour ses hommes et garde leur confiance ; Moncey ne pense qu’à la discipline, trop peut-être ; Ney est le plus populaire, indulgent et simple. Victor, son armée est sans grande tenue et commet des excès en Espagne ; Suchet a une armée impeccable ; Davout est haï car dur pour le bien du service ; Gouvion Saint-Cyr ne s’occupe jamais de ses hommes et n’entretient que peu de rapports avec eux ; Marmont est vaniteux.

Les rivalités .

Elles sont nombreuses et pas toujours très définies:

Victor est mal avec Mac Donald et ce dernier est mal avec Gouvion Saint-Cyr. Murat déteste Davout et Lannes. Lannes déteste aussi Bessières, lequel a soutenu Murat lorsqu’il devait épouser Caroline Bonaparte – Lannes voulait aussi demander la main de Caroline – Soult déteste Lannes. Ney ne s’entend pas avec Murat et Davout, Berthier est mal avec Bernadotte et Davout et ce dernier déteste Berthier, Bernadotte et Murat, et est mal avec Mortier et Ney.

Les choses ne sont pas simples, et l’on peut dire que le point d’entente soit la fidélité à l’Empereur et son service.

 

Leurs origines :

Les maréchaux sont en fait issus de toutes les couches de la société. Davout, Mac Donald, Marmont, Grouchy, Pérignon, proviennent de la noblesse. Berthier, Brune , Kellermann , Moncey, Mortier, Sérurier et Suchet sont issus de bonne bourgeoisie ou de petite noblesse.

Bernadotte, Bessières, Gouvion Saint-Cyr, Jourdan, Lefebvre, Masséna, Murat, Audinot, Soult et Victor sont issus de familles commerçantes, exploitants, etc.

Enfin, Augereau, Lannes et Ney sont issus de milieu tout à fait modeste. Poniatowsky, lui, est d’origine polonaise, c’est un prince.

 

Les uniformes :

Deux décrets fixent ces uniformes et les conditions de port. Ce sont des décrets du 29 Messidor de l’an 12 pour les uniformes de cérémonie et du 25 Fructidor de l’an 12 pour le petit uniforme.

Nous devons savoir que l'habit de Maréchal est en drap bleu, brodé sur toutes les coutures y compris celles des manches, du motif affecté aux Généraux, mais plus large. La coupe est variable. La culotte est blanche, collante. Les bottes sont "à la française" à tige lisses et genouillères rapportées, elles sont munies d'éperons dorés. Gants à crispins blancs ou noirs. Echarpe à réseaux d'or, remplacés quelquefois par des aigles ou des étoiles brodées.

Le chapeau, quelquefois, comprend une bordure brodée et un plumet blanc. Au milieu de l'époque impériale, le panache est remplacé par un plumetis blanc. Le motif des boutons représente deux bâtons croisés et liés par le ruban de la légion d 'Honneur, à l'intérieur d'une couronne de chêne et de laurier représentant la Force et la Gloire.

Sur les épaulettes, deux bâtons croisés sont brodés en bleu sur l'écusson. Le port de l'aiguillette se conditionne, en fonction de certaines places occupées par les Maréchaux. Mais cette aiguillette (portée à droite) n'est compatible qu'avec le port de la grande tenue.

L'armement non plus n'est pas réglementé. On porte en tenue, le glaive ou l'épée, quelquefois une arme non réglementaire, mais de grand luxe, le plus souvent un grand sabre recourbé de style turc.

La dragonne qui soutient le sabre est suspendue à un ceinturon brodé d'or. C'est celle des officiers généraux, mais les étoiles sont remplacées par des bâtons de Maréchaux brodés en soie bleue.

En grand uniforme, ils portent le grand cordon de la légion d'Honneur et le bâton de fonction d'une longueur de 40cm environ et de 4,5 cm de diamètre. Aux deux extrémités, ce bâton comporte un couvercle d'or ciselé. Son corps est recouvert de velours bleu et semé d'aigles d'or. Ce bâton, signe distinctif des Maréchaux, est en fait un étui qui renferme le diplôme de Maréchal.

En petit uniforme, ils ne conservent que la plaque de Grand Aigle et la Croix d'Officier en or.

La tenue à pied comporte la veste, la culotte blanche, les souliers, l'écharpe, l'épée et le chapeau uni à plumet blanc.

En tenue à cheval, ils portent les bottes à l'écuyère et le sabre.

En campagne, le frac remplace l'habit. Il est brodé seulement au collet, aux parements et aux boutons de taille. Il a des retroussis fictifs bleus ornés de foudres ailés. Sur les épaulettes, des étoiles argent sont brodées.

 

Le harnachement :

Selle de velours cramoisi, richement brodée, ainsi que les housses et les chaperons de fonte.

Les parties métalliques, boucles et passants, mors de bride, fleurons, rosaces, rond de poitrail, bouts de fontes, étriers, sont ciselés et dorés. Le filet est en galon or.

En petit uniforme, les chaperons et la housse sont dépourvus de franges et le filet sont en cuir noir.

 

Les Maréchaux dans le contexte de l'Empire :

Le 18 mai 1804, Napoléon Bonaparte est proclamé Empereur des Français sous le nom de Napoléon Ier . Le 19 mai de cette même année, nomination des 18 premiers Maréchaux dont 4 à "titre honoraire".

Par ce geste, Napoléon a sans doute voulu montrer l'importance qu'il donnait à cette fonction, et le symbole qu'il voulait y voir. Ce fut en fait le premier décret qui fut signé après son accession au titre d'Empereur. Même, le symbole de l'Empire sera choisi ultérieurement puisque c'est un décret du 27 juillet 1804 qui fixe que "l'Aigle sera le symbole de l'Empire".

Guy Courbet

 

2 . 4 Les marques distinctives .

2 . 4 . 1 L’ Histoire rapide des Fanions.

Le mot vient du bas latin fano (bande), tiré du gothique fana signifiant serviette. Il est apparenté à fanon que l'on retrouve dans gonfanon ou gonfalon, étendard à deux ou trois queues sous lequel se rangent, au Moyen Age, les vassaux appelés par leur suzerain.

Les premiers fanions apparaissent en 1667. Instruments de campement sans signification ou importance, ils sont portés à la tête des bagages des formations et servent à jalonner le front des régiments dans les cantonnements.

L'ordonnance du 21 février 1779 crée le fanion de campagne, ancêtre du fanion moderne. Chaque compagnie a son fanion avec sa marque distinctive. Porté par un sergent-major ou un fourrier, il est placé, dès l'arriver au cantonnement, à la fenêtre du logement du capitaine.

En 1788, apparaissent les fanions de commandement, un officier porte-fanion étant attaché à la personne du commandant en chef.

Par ces décisions de 1808 et 1810, Napoléon bouleverse les traditions en accordant plus qu'un emblème par régiment, porté au premier bataillon ou premier escadron. Les autres unités se contentant d'une enseigne. Un fanion de couleur uniforme sans ornement ni inscription est donné au 2e bataillon (blanc), 3e (rouge), 4e (bleu), 5e(vert), 6e (jaune), 7e (violet). Il n'est rien prévu pour le 1er bataillon qui a la garde du drapeau.

Ces dispositions générales restent en vigueur jusqu'à la création des chasseurs à pied qui ne reçoivent qu'un drapeau unique. Les fanions d'alignement des divers bataillons qui opèrent en Algérie représentent le drapeau et les honneurs leurs sont peu à peu rendus, leurs conférant une valeur symbolique qu'il n'ont pas. Le même phénomène se produit dans les bataillons de tirailleurs agissant isolément.

Dans les autres subdivisions d'arme de l'infanterie; les fanions apparaissent durant la grande guerre, quand il devient nécessaire de disposer d'un objet pouvant servir de symbole à toute l'unité, où accrocher les croix de guerre remises lors de l'attribution des citations collectives.

Les autres armes se dotent de fanions à la même époque sauf la cavalerie légère qui, n'emportant pas ses étendards en campagne, fait usage des le second empire des fanions de commandement de chef de corps.

Depuis, le règlement a défini de façon de plus en plus stricte les dimensions, les couleurs et les symboles utiliser pour les fanions.

Les fanions de commandement servent, en campagne, à indiquer les emplacements des états-majors. Sur le champ de bataille, dans la fumée qui rapidement obscurcit le ciel, les unités qui combattent au plus près les unes des autres ont besoin de se reconnaître : les uniformes, propres à chaque nation, sont colorés, les régiments arborent leurs emblèmes, les états-majors se signalent par des fanions.

Ces fanions sont d'un dessin et de couleurs identiques ; ils indiquent le rang de la grande unité (groupe d'armées, armée, corps d'armées, division, brigade), sa subordination (division ou brigade indépendantes ou rattachées à une grande unité de niveau supérieur) et son type (infanterie, cavalerie, artillerie). Aucune ornementation, pas même un numéro, ne distingue la grande unité. Ainsi tous les états-majors de 2e division d'infanterie d'un corps d'armée disposent du même fanion.

L'invention de la poudre sans fumée entraîne la dispersion des unités et modifie les conditions du combat. Les unités cherchent désormais à se soustraire à la vue de l'ennemi aussi longtemps que possible. Les uniformes adoptent de teintes neutres. Les fanions disparaissent des champs de bataille dès le début de la guerre de 1914. S'ils subsistent dans les règlements - un sous-officier monté porte-fanion est attaché à chaque état-major en 1939 -, ils sont disponibles pour une autre vocation, symbolique celle-là. Hérité de l'armée d'Afrique, l'usage se répand de placer un planton tenant le fanion, puis le fanion seul, devant la porte des généraux. Les fanions n'indiquent plus l'emplacement des états-majors mais la présence des généraux qui se les sont ainsi appropriés. Dès lors les ornements qui personnalisent ces fanions peuvent apparaître : croissant, ancre de marine, numéro, marque personnelle des généraux, etc. L'assimilation se fait de plus en plus avec le grade des généraux et non avec leur fonction, dans le même temps que les commandements opérationnels se raréfient. Tous les généraux - commandants territoriaux, d'école, directeurs de service, etc. - se dotent de fanions, au point qu'actuellement le service historique mène une étude pour officialiser cette pratique.

Documentation S H A T

 

2 . 4 . 2 La fourragère.

Origines de la fourragère.

Les origines de la fourragère sont assez vagues en raison de la confusion faite par la plupart des auteurs entre la fourragère et les aiguillettes.

Ces dernières servaient autrefois, et même jusqu’au début du XVIè siècle, d’instruments d’attache des vêtements, des pièces d’équipements ou d’armures. Ce qui les caractérisent, c’est le ferret enveloppe métallique de l’extrémité du cordon d’attache, sorte d’aiguille analogue aux aiguilles métalliques de lacets de chaussures.

La fourragère, elle, dérive de la corde à fourrage que le soldat enroulait autour de son épaule. Elle n’avait pas de ferrets. C’était une simple corde avec de gros nœuds, de grosses tresses à ses extrémités, qu’on appelait raquettes.

Il n’est cependant pas niable que les aiguillettes ont pu par la suite rappeler le souvenir des cordes à fourrage et de celles servant à lier les malfaiteurs et à les pendre au besoin.

C’est là que dérive l’anecdote suivante, si souvent racontée mais dont la source demeure totalement inconnue et qu’il est impossible de contrôler. A la fin du XVIè siècle, le duc d’Albe qui fut nommé par Philippe II d’Espagne gouverneur des Pays-Bas, ayant eu à se plaindre d’un corps de Flamands, aurait décidé que toutes les fautes commises à l’avenir par ce corps seraient punies de la corde. Les Flamands, voulant prouver qu’ils n’avaient rien à redouter, n’hésitèrent pas à porter une sur l’épaule une corde et un clou pour rendre plus facile l’exécution de l’ordre. Leur conduite devant l’ennemi fut si brillante que le duc d’Albe transforma la corde en passementerie et en fit une marque honorifique pour ce corps d’élite.

Si l’aiguillette est aussi ancienne que la chevalerie, la fourragère, par contre, ne remonte pas aussi loin dans le passé. Bardin, dans son Dictionnaire de l’Armée de Terre dit, au mot aiguillettes : «Les dragons de la milice autrichienne, dans le siècle de leur création portaient la corde à fourrage à la place et de la manière dont on porte aujourd’hui l’aiguillette sur l’habit». Or, les costumes hongrois furent adoptés en France, avec un véritable engouement, à la fin du XVIIIè siècle. De même qu’en Hongrie, la mode s’introduisit dès lors dans nos nouveaux régiments de hussards de porter la corde à fourrage autour des deux épaules.

Telle est l’hypothèse généralement admise et, de fait, assez acceptable ; elle n’est cependant pas toujours corroborée par les dessins ou gravures du temps.

Cette première fourragère subsistera avec quelques modifications jusqu’après la guerre de 1870. A ce moment, elle disparut. Mais il importe de remarquer qu’elle ne fut jamais portée que par les troupes à cheval et par celles seulement qui étaient coiffées du shako, du kolback ou du chapska.

La première guerre mondiale.

La fourragère telle que nous la connaissons réapparaît en 1916. La circulaire de création en date du 21 avril de la même année spécifie :

«Il est créé un insigne spécial destiné à rappeler d’une façon permanente les actions d’éclat de certains régiments et unités formant corps à l’ordre de l’armée. Cet insigne sera constitué par une fourragère aux couleurs de la croix de guerre».

En fait, dès 1916 de nombreux corps avaient déjà été cités au moins une fois à l’ordre de l’armée. Ils se virent donc attribuer la fourragère nouvellement créée. Par la suite, certains régiments accumulant les actions d’éclat devaient obtenir plusieurs citations à l’ordre de l’armée.

Dans le but de susciter l’émulation et de fortifier l’esprit de corps, le commandement sentit la nécessité d’établir une distinction basée sur le nombre de citations obtenues. Cette distinction devait se traduire par l’adoption de fourragères de couleurs et de formes différentes.

Ces dispositions nouvelles furent officialisées par une circulaire en date du 22 février 1918. Par souci de clarté elles ont été résumées dans le tableau suivant.

 

Nombre de citations à l’ordre de l’Armée.

Formes et couleurs  de la fourragère

 

 

Nombre de citations à l’ordre de l’Armée.

Formes et couleurs de la fourragère

2 ou 3

Aux couleurs de la croix de guerre

4 ou 5

Aux couleurs de la médaille militaire

6 à 8

 

 

 

Aux couleurs de la Légion d’honneur

 

 

 

9 à 11

Aux couleurs

-de la croix de guerre :

branche supérieure,

- de la Légion d’honneur :

base et tour de bras

 (petite bride)

12 à 14

 

 

 

Aux couleurs

-de la médaille militaire :

branche supérieure,

- de la Légion d’honneur :

base et tour de bras

15 et plus

Aux couleurs

-de la Légion d’honneur :

les deux branches et le tour de bras

Décisions relatives à la fourragère entre les deux-guerres.

Le 5 février 1924, Monsieur Maginot, ministre de la Guerre, codifie le cérémonial de la remise de la fourragère :

«…, il m’est signalé que les hommes ignorent le plus souvent la signification exacte de cet emblème. Cette lacune provient du fait que la fourragère est distribuée aux recrues sans aucun apparat et dans les mêmes conditions que leurs effets d’habillement et d’équipement. Afin de maintenir tout le prestige et tout le respect qui sont dus à cet insigne et de rappeler les actions de guerre qui ont motivé son attribution, j’ai décidé que la fourragère serait, à l’avenir, remise solennellement aux recrues lors de la présentation du drapeau.

A l’issue de cette cérémonie, le chef de corps remettra, de sa propre main, une fourragère à une recrue en indiquant, d’une façon très simple, la valeur exceptionnelle de cet insigne et en rappelant les citations du régiment ainsi que le nombre des officiers, sous-officiers, et soldats «morts pour la France». Immédiatement après cette prise d’armes, les commandants d’unités remettront eux-mêmes la fourragère aux jeunes soldats sous leurs ordres, en commentant tout ce que cet insigne représente d’héroïsme et de sacrifice et donneront en exemple aux recrues les hauts faits de leurs aînés du régiment».

En juillet 1925, une fourragère aux couleurs de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs est créée pour les unités citées plusieurs fois. La circulaire de création est complétée en 1926 : la fourragère spéciale aux T.O.E. sera aux couleurs de la médaille militaire lorsque les unités auront mérité au moins quatre citations. Pour éviter toute confusion avec la fourragère de 1914-1918, une olive aux couleurs de la croix de guerre T.O.E. sera, dans ce cas, placée au-dessus du ferret.

 

Les fourragères après la seconde guerre mondiale.

Par analogie avec les dispositions intervenues à l’occasion des hostilités qui se sont déroulées entre 1914 et 1918, il est décidé, en avril 1945, de commémorer par une fourragère les actions d’éclat ayant entraîné l’octroi d’au moins deux citations à l’ordre de l’armée aux régiments ou unités formant corps en opérations depuis le 2 septembre 1939.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une fourragère nouvelle. En effet la forme et les couleurs de la fourragère 1914-1918 (il n’existe pas de fourragère aux couleurs de la croix de guerre 1939-1945) sont maintenues mais il est créé un système d’olives qui placées au-dessus du ferret permettent de différencier l’origine de ces deux fourragères.

Cette olive d’un modèle bien défini a une double signification :

- pour différencier les deux guerres, sa partie inférieure comportera soit les couleurs de la croix de guerre 1914-1918, soit celles de la croix de guerre 1939-1945.

- les couleurs de la partie supérieure varieront suivant le nombre de citations à l’ordre de l’armée obtenues.

Toutes les dispositions qui précèdent pourront paraître complexes à certains. En fait leur application est simple : tout corps quel qu’il soit se trouve obligatoirement dans l’un des trois cas suivants (abstraction faite des mérites qu’il a pu acquérir outre-mer).

1) Il a obtenu la fourragère uniquement pendant la guerre 1914-1918. Dans ce cas la fourragère aux couleurs voulues (nombre de citations) est portée sans adjonction d’olive.

2) Il s’est vu attribuer une fourragère en 1914-1918 et en 1939-1945.

- Seule la fourragère de l’ordre le plus élevé sera portée quelle que soit la guerre au cours de laquelle elle a été obtenue (cette disposition n’a jamais reçu d’application. En effet, aucun corps n’a obtenu entre 1939 et 1945 une fourragère d’un degré supérieur à celui de la fourragère qu’il pouvait détenir au titre de la guerre 1914-1918).

- La fourragère comportera deux olives ; chacune d’elles rappelant les guerres auxquelles ces unités ont pris part. L’olive aux couleurs de 1914-1918 évoque essentiellement le conflit au cours duquel la fourragère a été obtenue. Sa signification en matière de citations fait double emploi avec la couleur de la fourragère qui exprime le même objet., sera placée immédiatement au-dessus du ferret et l’autre lui sera superposée.

3°) De création récente il n’a obtenu la fourragère que postérieurement au 2 septembre 1939.

La fourragère sera celle de 1914-1918 aux couleurs voulues (nombre de citations). Une seule olive aux couleurs d 1939-1945 rappellera que cette distinction a été octroyée pendant le second conflit mondial.

Le 27 novembre 1954, une circulaire réglemente la documentation relative à la fourragère spéciale aux théâtres d’opération extérieurs :

«… La fourragère est destinée à rappeler d’une façon apparente et permanente les actions d’éclat accomplies par certaines unités citées plusieurs fois à l’ordre de l’armée, au cours d’opérations de guerre effectuées sur les différents théâtres d’opérations extérieurs depuis le 11 novembre 1918. Elle sera portée en tenue de sortie et en tenue de campagne dans les mêmes conditions que celles instituées pour les guerres de 1914-1918 et 1939-1945.

La fourragère sera tressée :

1) Aux couleurs du ruban de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs (rouge et bleu pâle) pour les unités ayant obtenu deux ou rois citations à l’ordre de l’armée ;

2) Aux couleurs de la médaille militaire et comportant au-dessus du ferret une olive aux couleurs du ruban de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs pour les unités ayant obtenu quatre ou cinq citations à l’ordre de l’armée ;

3) A la couleur du ruban de la Légion d’honneur et comportant au-dessus de ferret une olive aux couleurs du ruban de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs pour les unités ayant obtenu six, sept ou huit citations à l’ordre de l’armée ;

4) A la couleur du ruban de la Légion d’honneur (base et tour de bras) et à celles de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs (branche supérieure) pour les unités ayant obtenu neuf, dix ou onze citations à l’ordre de l’armé…».

Port de la fourragère à titre individuel.

«Les officiers, sous-officiers et hommes de troupe ayant effectivement pris part à tous les faits de guerre visés dans les citations à l’ordre de l’armée, qui auront valu à l’unité ou formation l’attribution de la fourragère à la ou les couleur(s) donnée(s), auront le droit de la conserver, même après affectation à une autre unité ou formation à laquelle elle n’est pas attribuée.

Ce droit sera certifié par une attestation qui sera délivrée par le commandant d’unité ou formation au moment de la radiation des contrôles. Dans ce cas, la fourragère portera, sur un coulant placé au-dessus du ferret- ou de l’olive, suivant la nature de la fourragère - le numéro en métal de l’unité ou formation d’origine. A défaut de numéro, l’insigne régimentaire ou de la formation sera épinglé au-dessus du ferret…».

Cette prescription, édictée dès le premier conflit mondial, a été reconduite lors de la deuxième guerre et des guerres sur les théâtres d'opérations extérieurs.

 

Cérémonial actuel.

Le décret relatif à la discipline générale précise à l’article 40 :

 

Présentation aux drapeaux et étendards.

1. Les honneurs, qui sont dus aux drapeaux et étendards de formations militaires, constituent une part essentielle du cérémonial militaire.

2. Les recrues sont présentées solennellement au drapeau ou à l’étendard dès qu’elles sont aptes à participer à une prise d’armes.

Cette cérémonie débute par une courte allocution. L’évocation des souvenirs glorieux de l’unité et le rappel des exemples de leurs aînés font comprendre aux jeunes soldats leurs devoirs et leurs responsabilités.

L’officier commandant fait rendre les honneurs réglementaires au drapeau ou à l’étendard, devant lequel il fait ensuite défiler, à son commandement, toutes les unités participant à la cérémonie.

 

 

2 . 4 . 3 Plastrons de parade

Dans l’armée de l’air l’on peut voir 2 types de plastrons de parade :

- Plastron bleu foncé : C’est le plastron réglementaire de l’armée de l’air, il est porté par les troupes en tenue d’été.

- Plastron bleu ciel : non réglementaire mais de tradition, il est porté par le CA 20 au cours des cérémonies en tenue d’hiver.

 

2 . 5 Les décorations .

2 . 5 . 1 Introduction.

Les récompenses honorifiques remontent à la plus haute antiquité, et tous les peuples, quelle que soit la civilisation à laquelle ils se rattachent, ont reconnu leur nécessité.

Dans les vieilles cités grecques, on élevait des statues à ceux qui se distinguaient, on prononçait leur éloge en public.

A Rome, sous la République comme à l’époque impériale, les soldats pouvaient recevoir des décorations qui consistaient en phalères, médailles, bracelets et colliers ; les officiers et les généraux vainqueurs avaient droit, comme les citoyens qui avaient bien mérité de la patrie, à des couronnes de diverses sortes.

Au Moyen Age, on vit naître la Chevalerie et le titre de Chevalier était la récompense du courage, de l’honneur et de la loyauté ; aussi devint-il bientôt la première distinction dans tous les royaumes ; les princes eux-mêmes se firent un honneur de le recevoir.

Institution religieuse, la consécration du chevalier ne s’obtenait toutefois qu’après une longue et pénible préparation. Il fallait être, pendant plusieurs années, page et écuyer, s’être distingué dans des occasions périlleuses, avoir une conduite sans tache et sans reproche, pour recevoir “l’ordre” au cours de la cérémonie de l’adoubement que marquait notamment la remise de l’épée et des éperons 1.

Avec les Croisades, la Chevalerie connut une faveur particulière. Ce fut l’époque de la création des premiers Ordres de Chevalerie.

Composés tout d’abord d’un petit nombre de croisés groupés pour défendre la foi et lutter contre les musulmans, ces ordres militaires religieux étaient en même temps hospitaliers. Ils protégeaient les pèlerins, les recueillaient et les soignaient. Les plus célèbres furent l’Ordre des Templiers, disparu en 1312, et les Ordres de Saint-Jean-de-Jérusalem ou de Malte et du Saint-Sépulcre, qui existent encore de nos jours, mais ont une organisation et un caractère très différents. Ces ordres formèrent des milices à part, pourvues d’un insigne propre à chacun d’eux. Ils étaient dirigés par un Grand Maître dont les pouvoirs étaient très étendus.

Les services rendus par les ordres militaires religieux leur attirèrent, sous le patronage du pape le plus souvent, l’aide des souverains. Peu à peu ceux-ci créèrent des institutions analogues pour assurer la défense de leurs propres Etats. Tel fut le cas de l’Espagne pour les Ordres de Montesa, de Calatrava, d’Alcantara, etc.

Engagés par serment envers leurs princes, les chevaliers portaient, pour marque et symbole de leur dévouement, un collier, un ruban sur l’épaule ou une médaille sur la poitrine, attributs qui sont à l’origine des décorations.

Plus tard furent institués des ordres assez fermés, destinés à récompenser l’entourage immédiat des souverains et à entretenir à leur égard la fidélité des grands seigneurs.

Parmi les ordres étrangers de cette sorte, celui de la Jarretière, créé en 1350 en Angleterre, est un des plus célèbres. Il en est de même de l’Ordre de la Toison d’Or, qui date de 1430 et a eu deux grandes branches : celle de la Maison d’Autriche et celle d’Espagne. On peut citer également l’Ordre des Séraphins (Suède) et l’Ordre de l’Eléphant (Danemark) qui, créés respectivement en 1334 et en 1458, existent encore de nos jours, sous réserve, il est vrai, de certaines réorganisations intervenues au XVIII° et au XIX° siècle.

En France, après l’éphémère Ordre des Chevaliers de Notre-Dame-de-la-Noble-Maison ou Ordre de l’Etoile, créé par Jean le Bon en 1352, à l’imitation de l’Ordre de la Jarretière, le type de ces ordres de cour fut l’Ordre de Saint-Michel.

Institué par Louis XI, au château d’Amboise, en 1469, pour être conféré aux grands seigneurs dont il désirait s’attirer le dévouement en contrebalançant les avantages tirés par le duc de Bourgogne de la création de la Toison d’Or, il se composait de trente-six chevaliers y compris le roi.

Les ordres créés par la suite furent aussi réservés exclusivement à la noblesse : l’Ordre du Saint-Esprit, institué en 1578 par Henri III en mémoire de son élévation à la dignité de Roi de Pologne (1573) et de son avènement au trône de France (1574) qui eurent lieu tous deux le jour de la Pentecôte, était destiné à regrouper autour du Roi les chefs catholiques ; l’Ordre de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, créé par Henri IV en 1607 et fusionné ultérieurement avec l’Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, tendait à affirmer la sincérité de la conversion du Roi.

Avec l’Ordre royal de Saint-Louis, fondé par Louis XIV en 1693, et destiné à récompenser les services militaires, on s’achemine, par les modifications successives de son statut (création notamment du Mérite Militaire pour les officiers étrangers de religion protestante), vers les ordres dits égalitaires, auxquels chacun, sans distinction de naissance, de fortune et de religion, peut prétendre s’il de mérite.

Instituée au lendemain de l’abolition de tous les titre de noblesse et de tous les ordres comme contraires à l’égalité des citoyens, la Légion d’Honneur fut la première manifestation de cette évolution. L’empereur Napoléon l’avait vu clairement qui s’exprima ainsi, dans ses Mémoires, sur l’ordre qu’il avait fondé : “l’unique décoration de la Légion d’Honneur, avec l’universalité de son application, est le type de l’égalité. Cette institution met sur le même rang le prince, le maréchal et le tambour”.

Tous les Etats possèdent de nos jours des ordres de même nature dont le but essentiel est d’encourager et de récompenser la valeur et le mérite.

La cérémonie en effet était telle

Et dit qu’il lui a donné

Que celui qui armait Chevalier

Avec l’épée le plus haut Ordre

Lui devait l’éperon chausser...

Que Dieu a fait et commandé :

Et le prud’homme a pris l’épée.

C’est l’Ordre de Chevalerie

Il la lui ceint et le baisa

Qui doit être sans vilenie.

 

Chrétien de Troyes, Perceval. Trad. G. Cohen.

 

 

2 . 5 . 2 La légion d’Honneur .

La Légion d’Honneur a été instituée par Bonaparte, Premier Consul. Mais le succès et le prestige du nouvel Ordre furent tels que les événements politiques qui suivirent la chute de Napoléon 1er n’eurent aucune influence sur sa destinée et que les divers régimes qui se succédèrent le reconnurent solennellement.

Etablir un Ordre qui fût un signe de la vertu, de l’honneur, de l’héroïsme ; une distinction qui servît à la fois à la bravoure militaire et au mérite civil, telle a été l’intention de son créateur.

Mûri pendant plusieurs mois, le projet de Bonaparte devint - après une discussion assez difficile devant le Conseil d’Etat, puis le Corps législatif et le Tribunat - la loi du 29 floréal an X (19 mai 1802) dont l’article premier dispose : “en exécution de l’article 87 de la Constitution concernant les récompenses militaires et pour récompenser aussi les services et les mérites civils, il sera formé une Légion d’Honneur”.

Ayant pour chef le Premier Consul, la Légion d’Honneur était composée d’un Grand Conseil d’Administration et de seize cohortes. Chaque cohorte avait un chef particulier et comprenait sept grands officiers, vingt commandants, trente officiers et de simples légionnaires au nombre de trois cent cinquante. Tous devaient prêter le serment prescrit par la loi.

Les militaires titulaires d’armes d’honneur furent répartis entre les seize cohortes, puis le Grand Conseil arrêta la liste des membres tant civils que militaires de la Légion.

Eu égard à son organisation et aux buts d’ordre civique qui devaient lui être assignés, la Légion d’Honneur était donc un Ordre analogue à ceux qu’avait connus l’ancien régime, justifiant ainsi pareillement les critiques formulées par des républicains fidèles contre la nouvelle institution. Toutefois, aucun signe extérieur n’avait été fixé et ce ne fut qu’après l’avènement de l’Empire, en 1804, que la décoration fut instituée par le décret du 22 messidor an XII (11 juillet). Elle ne comporta à l’origine que deux classes, l’étoile d’argent, ou petit aigle, destinée aux légionnaires, et l’étoile, ou aigle d’or, commune à tous les gradés de la Légion. Les premières distributions de ces décorations donnèrent lieu à deux importantes cérémonies ; l’une, qui s’est déroulée de 15 juillet 1804 en l’église des Invalides, eut un caractère civil et religieux ; l’autre, organisée le 16 août 1804 au camp de Boulogne où était rassemblée la Grande Armée, fut exclusivement militaire.

Aux quatre grades prévus par la loi du 29 floréal an X, un décret du 10 pluviôse an XIII (30 janvier 1805) ajouta un grade supérieur : la Grande Décoration, dont les titulaires furent ultérieurement appelés Grands Aigles.

Le décret du 10 mars 1808 créant la noblesse impériale attribua à tous les membres de la Légion d’Honneur le titre de chevalier1.

L’ordonnance du 21 juin 1814 substitua l’appellation de Grand-Croix à celle de Grande Décoration. Remplacée par l’appellation de Grand Cordon par l’ordonnance du 19 juillet 1814, l’appellation de Grand-Croix fut rétablie par l’ordonnance du 26 mars 1816 qui accorda en même temps aux Commandants le titre de Commandeurs.

Depuis cette date les dénominations n’ont plus varié et il existe actuellement cinq grades : Chevalier, Officier, Commandeur, Grand Officier, Grand-Croix.

La décoration est une étoile à cinq rayons doubles, surmontée d’une couronne de chêne et de laurier. Le centre de l’étoile présente, d’un côté, la tête de la République, avec l’inscription REPUBLIQUE FRANCAISE et, de l’autre, les deux drapeaux tricolores avec la légende HONNEUR ET PATRIE2.

La plaque de Grand Officier et de Grand-Croix porte au centre la tête de la République et en exergue REPUBLIQUE FRANCAISE, HONNEUR ET PATRIE.

L’étoile émaillée de blanc est en argent pour les Chevaliers et en or pour les Officiers, Commandeurs, Grands Officiers et Grands-Croix.

Le diamètre est de 40 mm pour les Chevaliers et Officiers, et de 60 mm pour les Commandeurs.

Les Chevaliers portent la décoration attachée par un ruban moiré rouge, sans rosette, sur le côté gauche de la poitrine.

Les Officiers la portent à la même place et avec le même ruban mais avec une rosette.

Les Commandeurs portent la décoration en sautoir, attachée par un ruban moiré rouge, plus large que celui des Officiers et Chevaliers.

Les Grands Officiers portent sur le côté doit de la poitrine une plaque en étoile à cinq rayons doubles diamantée tout argent, du diamètre de 90 mm, ayant au centre la tête de la République avec l’inscription REPUBLIQUE FRANCAISE, HONNEUR ET PATRIE ; ils portent en outre la Croix d’Officier.

Les Grands-Croix portent un large ruban moiré rouge, en écharpe passant sur l’épaule droite, et au bas duquel est attachée une croix semblable à celle des Commandeurs, mais ayant 70 mm de diamètre. De plus, ils portent, sur le côté gauche de la poitrine, une plaque semblable à celle des Grands Officiers.

 

1 L’anoblissement n’avait pas un caractère automatique ; il fallait solliciter la délivrance de lettres patentes et le titre n’était transmissible que sous certaines conations.

2 Contrairement à certaines ordres étrangers, la décoration est la même, qu’elle soit attribuée à titre civil ou à titre militaire.

 

 

2 . 5 . 3 L’Ordre de la libération .

 

En 1940, après avoir lancé aux français, le 18 juin, son appel pour la continuation de la lutte, le Général de Gaulle s’attacha à deux objectifs immédiats : la conclusion d’un accord avec le Gouvernement britannique fixant le statut de la France libre par rapport à l’allié qui l’abritait, la remise en guerre des territoires français d’outre-mer qui n’étaient pas soumis directement au contrôle de l’ennemi.

Dans le même temps la nécessité apparut au chef de la France en guerre de créer une récompense spéciale destinée à ceux qui, en dehors des actes quotidiens du champ de bataille, auraient, par des voies pacifiques ou non, travaillé d’une façon particulièrement remarquable à la libération de l’Empire Français. tel fut l’objet de l’ordonnance n° 7 du 16 novembre 1940, prise à Brazzaville, qui institua l’Ordre de la Libération “destiné à récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées d’une manière exceptionnelle dans l’œuvre de la libération de la France et de son Empire”. L’ordonnance précisa en outre que les membres du nouvel Ordre porteraient le titre de “Compagnons de la Libération”.

Le titre primitivement envisagé était celui de Croisés de la Libération, auquel il fut proposé de substituer celui de Croisés de la Délivrance, ce nom ayant paru avoir une sonorité particulière.

Un décret du 29 janvier 1941 régla l’organisation de l’Ordre et fixa, les caractéristiques de l’insigne : la Croix de la Libération. Le Conseil de l’Ordre présidé par le chef des français libres et composé de cinq compagnons dont le Chancelier, l’Amiral - à l’époque Capitaine de vaisseau - Thierry d’Argenlieu, reçut pouvoir de délibérer sur toutes les propositions du chef des français libres et de maintenir la discipline de l’Ordre.

Le décret du 3 février 1942 permit en cas d’urgence exceptionnelle de ne pas solliciter l’avis préalable du Conseil de l’Ordre avant l’attribution de la Croix de la Libération sur le champ de bataille.

D’autre part, en raison de la grande dispersion des membres de l’Ordre et malgré la faible périodicité des réunions du Conseil, le décret du 17 février 1943 autorisera le Chancelier à compléter le Conseil en faisant appel, si nécessaire, à tout Compagnon de la libération présent au lieu des réunions. Puis, le Conseil fut porté au 1er juin 1943 de cinq à dix membres et à quinze en 1944.

Aux termes du décret du 29 janvier 1941, l’insigne consiste en un écu de bronze portant un glaive surchargé d’une croix de Lorraine, avec, au revers, la devise PATRIAM SERVANDO VICTORIAM TULIT. Le ruban de moire vert et noir symbolise le deuil et l’espérance de la patrie (1).

Le modèle a été choisi par le Général de Gaulle auquel avaient été soumis deux projets exécutés par deux membres des Forces françaises libres : le capitaine Mella et le lieutenant Vallat, dessinateurs et décorateurs de profession. Ce fut le projet du capitaine Mella, un des adjoints du colonel Dewavrin (Passy), qui fut retenu. L’auteur de la devise figurant sur le projet était le Gouverneur Valentin Smith.

Les premiers exemplaires de la décoration furent frappés par la Maison John Pinches de Londres dont les modèles furent remis à la libération à l’administration des monnaies.

Les premières décorations furent remises à leurs titulaires en mai 1941.

Après la libération du territoire national, un décret du 10 août 1945 a complété l’organisation de l’Ordre en lui donnant un statut inspiré de celui de la Légion d’Honneur. Ayant été chargé par l’ordonnance du 26 août 1944 d’assurer un véritable service social au profit des Compagnons de la libération(2) et de tous les membres et anciens membres des Forces françaises libres, l’Ordre fut doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière, son budget étant un budget annexe à celui du Ministère de la Justice.

Un décret du 23 janvier 1946 a décidé qu’il ne serait plus attribué de Croix de la Libération après cette date. Le nombre des Compagnons s’élève à mille cinquante trois en tenant compte des personnes morales (cinq villes et dix huit unités combattantes). Parmi les titulaires, deux cent vingt deux on été nommés à titre posthume.

Le général de Gaulle soucieux de garder à l’Ordre son caractère tout à fait exceptionnel veilla personnellement à ce que seuls des titres hors de pair soient récompensés par l’attribution de la Croix de la Libération(3). Si la rigueur des choix s’assouplit après la Libération, l’admission dans l’Ordre resta la sanction des plus hauts mérites et, quelque démocratique que fût son recrutement, l’Ordre s’apparente aux plus anciens ordres de chevalerie.

En 1945, il fut décidé de créer un collier de Grand Maître de l’Ordre. L’exécution de celui-ci fut confiée par la Direction Générale des Arts et Lettres au ferronnier d’art et décorateur Poillerat. Inspiré de celui de l’ancien Ordre royal de Saint-Michel, il fut remis solennellement au Général de Gaulle le 31 août 1947.

“Le collier, fait de neuf larges maillons d’or(4) réunis par des croix de Lorraine d’émail vert, porte un médaillon ovale où, dans le flamboiement de rayons mi-partie or, mi-partie argent, s’inscrit la Croix de la Libération. Chaque maillon d’or est gravé du nom des territoires qui, l’un après l’autre, reformèrent l’Empire : l’Afrique Equatoriale Française, les Nouvelles-Hébrides, le Cameroun, la Nouvelle-Calédonie, l’Océanie, l’Afrique du Nord, les Antilles, l’Afrique Occidentale Française, l’Indochine, et, avec la métropole, la Grande France dans intégrité(5)”.

 

1 Les bandes noires du rubans des premières Croix de la Libération étaient, à l’imitation d’un certain nombre de rubans des décorations anglaises, placées en diagonale. De même, le premier ruban n’était pas moiré. Mais dès la première commande une modification fut décidée et depuis lors les bandes noires sont verticales et le ruban est moiré.

2 Cette action se trouve prolongée par celle de la Société d’Entraide créée au lendemain de la guerre.

3 Cette préoccupation apparaît constamment dans les notes de l’époque. On peut citer à cet égard cette phrase extraite d’un document établi le 4 mai 1944 par la Chancellerie de l’Ordre : “La Croix de la Libération est une distinction d’une très grande valeur, difficilement accordée même à tire posthume. elle est destinée à récompenser soit les actes de courage exceptionnel, soit les services éminents rendus à la cause de la Libération au prix de sacrifices importants ou de risques considérables, soit des sommes d’actes ou de services remarquables”.

4 L’or nécessaire à la fabrication du collier fut offert par le Gabon et la Nouvelle Calédonie.

5 Description du collier donnée par l’Amiral Thierry d’Argenlieu dans France-Illustration.

 

 

 

2 . 5 . 4 La médaille militaire .

La Médaille Militaire a été instituée par Louis-Napoléon Bonaparte, Président de la République Française, par décret du 22 janvier 1852 (article II). Ses caractéristiques ont été fixées par décret du 29 février 1852.

Elle fut créée en vue de récompenser les sous-officiers, caporaux, brigadiers, soldats ou marins, dont les noms auraient été cités à l’ordre de la Nation, qui auraient reçu une ou plusieurs blessures, et ceux qui se seraient signalés par un acte de courage(1). Toutefois, le 13 juin 1852, le Prince-Président décida que les Maréchaux de France la porteraient par exception, mesure qui fut étendue aux Généraux ayant rempli les fonctions de Ministre ou ayant exercé des commandements en chef. Par extension, la distinction de la Médaille Militaire a été attribuée à certains chefs civils ou militaires étrangers.

La première remise de Médailles Militaires eut lieu au cours d’une importante prise d’armes, le 21 mars 1852, dans la Cour des Tuileries.

Une décision présidentielle du 20 octobre 1888 a prévu que la Médaille Militaire peut être attribuée aux Officiers Généraux s’étant particulièrement signalés à la tête d’un Corps d’Armée. Une décision du 24 novembre 1909 a également autorisé son attribution aux Officiers Généraux et aux Inspecteurs de Corps d’Armée.

Enfin, la Médaille Militaire peut être attribuée par décret à des Officiers Généraux pour services exceptionnels rendus à la Nation, conformément à la décision présidentielle du 5 mai 1950.

La Médaille Militaire est administrée par la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur. Les décorés de la Médaille Militaire sont soumis aux mêmes règles de discipline que les membres de l’Ordre de la Légion d’Honneur.

Comme la Légion d’Honneur, le nombre de Médailles Militaires susceptibles d’être attribuées chaque année fait l’objet d’un contingent fixé par la loi. Ce contingent est réparti entre les divers départements militaires et une fraction en est également réservée aux anciens militaires et aux militaires des réserves. Diverses lois ont également institué à plusieurs reprises des contingents spéciaux de décorations avec ou sans traitement. L’un des contingents complémentaires les plus importants est celui des mutilés de guerre. Après la guerre 1939-1945 ont été créés également des contingents spéciaux au titre de la Résistance.

Les nominations sont préparées par les Ministres intéressés et soumises à la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur. Toutefois, ainsi qu’il a été dit pour la Légion d’Honneur, la procédure des tableaux spéciaux est applicable à la Médaille Militaire.

La Médaille Militaire peut également être accordée par décret à titre posthume, en temps de paix comme en temps de guerre, aux militaires décédés à la condition que leur conduite ait fait l’objet d’une citation dans un délai maximum de six mois à partir du décès.

Les marins du commerce, décédés à la suite d’événements de guerre, peuvent bénéficier de cette mesure.

Enfin, la Médaille Militaire peut être accordée aux étrangers incorporés dans l’armée française dans les mêmes conditions qu’aux français.

La décoration est en argent et d’un diamètre de 28 mm.

Elle porte, d’un côté, la tête de la République avec l’inscription REPUBLIQUE FRANCAISE et de l’autre, au centre du médaillon VALEUR ET DISCIPLINE. Elle est surmontée d’un trophée d’armes. Les militaires et marins qui obtiennent la médaille la portent attachée par un ruban jaune avec un liseré vert (2) sur le côté gauche de la poitrine.

La médaille est sensiblement la même depuis sa création. Il semble que le modèle en soit dû au graveur général des Monnaies Barre qui est également l’auteur des modèles des Médailles de Crimée, d’Italie et du Mexique. A la chute du second Empire, l’aigle qui surmontait la décoration fit place à un trophée d’armes et l’effigie de Napoléon fut remplacée par celle de la République, conformément aux dispositions du décret du 8 novembre 1870. Le 27 février 1951, un décret a supprimé la date de 1870 inscrite sur l’exergue et l’a remplacée par un motif.

Près d’un million de médailles ont été attribuées au cours des guerres de 1870, 1914-1918 et 1939-1945. Depuis 1852, cent quarante sept officiers généraux des armées de terre, de mer et de l’air ont reçu la décoration de la Médaille Militaire.

Les titulaires de la Médaille Militaire sont groupés dans une importante association : la Société des Médaillés Militaires, créée en 1904. Cette société nationale, à caractère mutualiste, qui dispose de très nombreuses sections réparties dans toute l’Union Française, au Maroc et en Tunisie, accomplit une oeuvre d’entraide particulièrement importante.

 

1 Geste politique sans doute de la part du Prince-Président qui désirait s’attacher l’armée, mais geste d’équité aussi. En effet, si la Légion d’Honneur, en tant que récompense militaire, était ouverte à tous, sans distinction de grade, les promotions étant assez réduites, le nombre des sous-officiers et hommes de troupe décorés restait limité. Si la Médaille Militaire est maintenant décernée aux sous-officiers et soldats ou marins justifiant d’une certaine ancienneté de services, campagnes comprises, son attribution n’est pas un droit.

2 Il faut souligner la similitude entre le ruban de la Médaille Militaire et celui de l’Ordre de la Couronne de fer créé par Napoléon 1er en 1807. Une note accompagnant le décret du 19 février 1852 et conservée aux archives du Ministère de la Guerre explicite nettement le désir de Napoléon III de s’inspirer de l’institution de son oncle dans le choix des couleurs du ruban de la médaille.

 

2 . 5 . 5 L’Ordre national du mérite.

Le nouveau statut de la Légion d'honneur, en date du 28 novembre 1962, restitue à notre premier Ordre national le prestige qui doit être le sien, et arrête à cette fin un certain nombre de mesures dont l'effet est notamment d'en réserver l'attribution à la reconnaissance de mérites éminents.

Il est apparu souhaitable d'instituer un second Ordre national pour donner au gouvernement le moyen de récompenser des mérites ne présentant pas toutes les qualifications requises pour la Légion d'Honneur, et de faciliter, dans certains cas, l'octroi de décorations à des personnalités étrangères.

Par décret n° 63-1196 du 3 décembre 1963 il est institué un Ordre National du mérite destiné à récompenser les mérites distingués acquis soit dans une fonction publique, civile ou militaire, soit dans l'exercice d'une activité privée.

Cet Ordre nationale nouveau s'intitula l'Ordre nationale du mérite. Distinct de la Légion d'Honneur par son objet, il récompensera les mérites distingués et non plus éminents; il a en propre son organisation, sa discipline et sa hiérarchie; il est doté d'un Conseil de l'ordre distinct, mais présidé par un chancelier qui est en même temps le Grand chancelier de la Légion d'Honneur, son Grand-maître étant naturellement le Président de la République. L'administration en est organiquement confié à la grande chancellerie de la Légion d'Honneur.

Il existe actuellement cinq grades : Chevalier, Officier, Commandeur, Grand Officier, Grand -croix.

La décoration du mérite est une étoile à six branches doubles émaillés de bleu, surmontée d'une bélière formée de feuilles de chênes entrecroisées. Le centre de l'étoile présente, d'un côté, l'effigie de la République avec l'inscription REPUBLIQUE FRANCAISE et de l'autre, les deux drapeaux tricolores avec l'inscription ORDRE NATIONAL DU MERITE et la date 3 décembre 1963.

L'insigne de chevaliers, d'un diamètre de 40 mm, est en argent et se porte sur le côté de la poitrine attaché par un ruban bleu de France d'une largueur de 37 mm.

Les officiers portent à la même place un insigne de même diamètre en vermeil attaché par un ruban semblable à celui des chevaliers, mais comportant une rosette.

Les commandeurs portent en sautoir l'insigne en vermeil d'un diamètre de 60 mm attaché par un ruban moiré bleu de France de 40 mm.

Les grands officiers portent sur le côté droit de la poitrine une plaque ou étoile en argent, d'un diamètre de 90 mm, à douze rayons doubles boutonnés et douze rayons intercalaires émaillés de bleu, portant en son centre un médaillon représentant l'effigie de la République avec, un fond d'émail bleu, la légende "République francaise Ordre national du mérite", entouré d'une couronne de feuilles de laurier torsadées. Ils portent en outre la Croix d'officier.

Les Grands-croix portent en écharpe un ruban moiré bleu de France de 10 cm de large passant sur l'épaule droite et au bas duquel est attachée une croix semblable à celle des commandeurs mais de 70 mm de diamètre. De plus, ils portent sur le côté gauche de la poitrine une plaque semblable à celle des grands officiers mais en vermeil. Lorsqu'ils sont également Grands-croix de la Légion d'Honneur, les Grands-croix du mérite ne portent que la plaque ci-dessus décrite.

Le port des insignes de l'Ordre national du Mérite est soumis aux règles fixées pour le port des insignes de la Légion d'Honneur.

 

 

2 . 5 . 6 La croix de guerre 1914 – 1918 .

Dès le début de la guerre 1914-1918, eu égard à l’importance des armées mobilisées et à la prolongation des opérations, il parut nécessaire de créer une récompense spéciale destinée aux militaires titulaires d’une citation à l’ordre.

La citation à l’ordre est un mode de récompense relativement récent. Sous l’ancien régime, en dehors de la Croix de Saint-Louis pour les officiers et du Médaillon de Vétérance pour les sous-officier, il n’existait pas de moyens spéciaux pour reconnaître les services et actions d’éclat. Par contre il était courant d’attribuer des gratifications.

Cette pratique fut poursuivie par Napoléon, qu’il s’agisse de ses généraux ou de ses soldats.

La citation à l’ordre fit son apparition durant les campagnes menées hors de France au cours du dix neuvième siècle par divers corps expéditionnaires. Elle est officiellement prévue dans les règlements sur le service des armées en campagne pour l’armée de terre après 1883.

Après la création de la Croix de Guerre, de nombreuses instructions du commandement en chef précisèrent et rappelèrent les conditions d’attribution des citations à l’ordre.

L’écrivain Maurice Barrès entreprit une campagne de presse à cette fin. “Je demande, écrivait-il, la création d’une nouvelle récompense militaire, d’une médaille de bronze, pour que le chef puisse décorer ses plus braves soldats sur le champs de bataille après chaque affaire”. Faisant écho à l’initiative de Maurice Barrès, le député Bonnefous et plusieurs de ses collègues déposèrent, le 23 décembre 1914, une proposition de loi tendant à instituer, pour les officiers, sous-officiers, caporaux et soldats des armées de terre et de mer, une médaille dite de la “Valeur Militaire”, destinée à commémorer les citations individuelles à l’ordre de l’armée, du corps d’armée et de la division. Le 28 janvier 1915, le député Driant, rapporteur de la Commission de l’Armée, remit un rapport favorable qu’il présenta à la Chambre des Députés le 4 février suivant. Constatant qu’il manquait à la France un insigne du courage militaire que la plupart des autres armées possédaient déjà (Croix de Saint-Georges en Russie, Croix de Victoria en Angleterre, Médaille de la Valeur Militaire en Italie, etc.), il proposait «de créer un ordre récompensant la valeur militaire, mais en lui donnant un nom bref qui sonne fièrement et qui, à lui seul, exclue la faveur et l’ancienneté»... Appelons cette nouvelle décoration la “Croix de Guerre”, dit-il ; ce sera une croix en bronze clair, à quatre branches, surmontée d’une couronne de laurier et suspendue à un ruban vert uni, le vert de la médaille de 1870-1871, débarrassé des rayures noires qui symbolisaient le deuil de l’autre siècle. Le Ministre de la Guerre s’étant rallié au projet, celui-ci fut voté successivement par la Chambre et le Sénat après une longue discussion sur la nature des citations qui donneraient lieu au port de la décoration nouvelle, sur la forme de l’insigne et sur la couleur du ruban pour lequel les sénateurs proposèrent un ruban vert et rouge aux raies alternées.

Créée par la loi du 8 avril 1915, la Croix de Guerre a eu pour but de «commémorer, depuis le début des hostilités, les citations individuelles pour faits de guerre à l’ordre des armées de terre et de mer, des corps d’armée, des divisions, des brigades et des régiments».

Les conditions d’application de la loi ont été prescrites par un décret du 23 avril 1915. Aux termes de ce décret, la Croix de Guerre était conférée de plein droit aux militaires des armées de terre et de mer, français ou étrangers, qui avaient obtenu pour faits de guerre, pendant la durée de la guerre contre l’Allemagne et ses alliés, une citation à l’ordre d’une armée, d’un corps d’armée, d’une division, d’une brigade, d’un régiment, ou citation à l’ordre d’une unité correspondante.

Le décret de 1915 prévoyait encore qu’en cas de décès de l’ayant droit la Croix de Guerre serait remise sur leur demande aux parents du défunt.

Cependant, les titulaires de la Croix de Guerre peuvent être rayés des contrôles s’ils perdent la qualité de français ou s’ils sont condamnés à une peine affective ou infamante entraînant la dégradation militaire. De même, le droit de porter les insignes de la Croix de Guerre peut être suspendu dans les conditions prévues par le décret du 12 décembre 1916.

La Croix de Guerre, dont le modèle est dût au sculpteur Barholomé, est en bronze florentin du module de 37 mm, à quatre branches, avec, entre les branches, deux épées croisées. Le centre représente, à l’avers, une tête de République au bonnet phrygien orné d’une couronne de laurier avec la légende REPUBLIQUE FRANCAISE. Elle porte au revers l’inscription 1914-1918.

La Croix de Guerre est suspendue à un ruban vert avec liseré rouge à chaque bord et comptant cinq bandes rouges de 1,5 mm.

Des palmes ou des étoiles sont placées sur le ruban suivant la nature des citations obtenues (à l’ordre de l’armée, du corps d’armée, de la division et du régiment).

Dès le choix du modèle de la nouvelle décoration, certaines critiques se sont élevées qui visaient notamment la forme de la croix, considérée comme trop semblable à celle des décorations allemandes. De son côté, la société nationale des beaux-arts ouvrit un concours pour l’exécution d’un nouveau modèle de la Croix de Guerre, mais le gouvernement se refusa à donner suite à ce projet.

Le nombre des titulaires de la Croix de Guerre 1914-1918 n’est pas connu. D’après les indications fournies à l’époque par le Ministère de la Guerre, deux millions cinquante cinq mille citations avaient été attribuées au 1er mars 1920 auxquelles s’ajoutaient celle accompagnant les Légions d’Honneur et Médailles Militaires et les citations à titre posthume.

De nombreux villages et villes de France - ainsi que certaines villes étrangères -reçurent la Croix de Guerre. Les citations collectives attribuées à des unités des différentes armées donnèrent le droit au port de la fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre.

 

 

2 . 5 . 7 La croix de guerre 1939 – 1945 .

Un décret loi du 26 septembre 1939 a institué “une croix, dite Croix de Guerre, pour commémorer les citations individuelles pour faits de guerre, à l’ordre des armées de terre, de mer et de l’air”.

La forme de la décoration(1) et les modalités d’application du décret loi du 26 septembre 1939 ont été fixées par décret du 4 octobre 1939 qui a prévu, en outre, que les conditions d’attribution de la Croix de Guerre seraient déterminées par des instructions établies par chacun des départements ministériels relevant de la Défense Nationale. Les conditions sont analogues à celle régissant l’attribution de la Croix de Guerre 1914-1918 sous réserve des mesures prises pour tenir compte de la création de l’armée de l’air.

La croix est identique à la Croix de Guerre 1914-1918 ; toutefois l’avers de la partie centrale porte l’inscription 1939.

Elle est suspendue à un ruban rouge de 37 mm de largeur, partagé par quatre bandes médianes vert foncé de 4 mm chacune, séparées entre elles de 1,5mm.

Les premières citations furent décernées quelques semaines après le début des hostilités. Du fait de l’ouverture d’une période d’opérations actives, en mai et juin 1940, le nombre des citations s’accrut considérablement. Toutefois des critiques s’élevèrent sur les conditions dans lesquelles furent accordées, à la suite de décisions prises par certains chefs de grandes unités, diverses citations individuelles ou collectives.

Une commission fut réunie, composée de militaires et de représentants des anciens combattants, qui proposa, pour faciliter la révision de ces citations (entreprise en application des décisions ministérielles 588/DN et 620/CFT des 28 juillet et 30 décembre 1940), de supprimer la Croix de Guerre et d’en établir une nouvelle.

Tel fut l’objet du décret du gouvernement de Vichy du 28 mars 1941. Laissant à des instructions des services ministériels intéressés le soin de déterminer les conditions d’attribution de la nouvelle décoration, le décret en fixait les caractéristiques.

La croix était la même que celle décrite par le décret du 4 octobre 1939, mais elle portait au revers, dans la partie centrale, l’inscription 1939-1940. D’autre part, à l’ancien ruban était substitué un ruban vert de 37 mm de largeur avec liseré noir à chaque bord et comportant dans le sens de la longueur cinq raies équidistances d'une largueur de 1,5 mm chacune. Ainsi le ruban rappelait-il celui de la médaille commémorative de la guerre de 1870-1871 créée par la loi du 2 novembre 1911.

L’ordonnance du 7 janvier 1944 du Comité français de la libération nationale, relative aux décorations décernées à l’occasion de la guerre, confirma que seule était valable la Croix de Guerre créée par le décret loi du 26 septembre 1939 et maintint les attributions de Croix de Guerre correspondant aux citations homologuées (Deux cent cinquante mille environ).

En abrogeant toutes les dispositions contraires, l’ordonnance rapportait notamment la décision de 1943 par laquelle les Général Giraud, alors qu’il était commandant en chef civil et militaire, avait créé pour les troupes relevant de son autorité une Croix de Guerre. Celle-ci avait les mêmes caractéristiques que la Croix de 1939, mais la partie centrale comportait, à l’avers, deux drapeaux croisés, et, au revers, la date 1943. Elle était suspendue à un ruban de 37 mm de large aux couleurs de la Croix de Guerre 1914-1918(2).

Une décision ministérielle a ressuscité pour les unités citées à l’ordre au cours de la guerre 1939-1945 la fourragère de 1914-1918 aux mêmes couleurs de la Croix de Guerre, de la Médaille Militaire et de la Légion d’Honneur.

De même, comme après la précédente guerre, la Croix de Guerre 1939-1945 a été attribuée à de nombreux villages et villes de la France métropolitaine, de l'Afrique de Nord et des territoires d'outre-mer tant pour la participation directe de leur population à la résistance ou à l'aide aux maquis, que pour les sacrifices supportés du fait de l'occupation ou des bombardements. Toutefois, à la différence de la guerre 1914-1918 où les citations ont toutes été prononcées à l'ordre de l'armée, celles de la campagne 1939-1940 ont été décernés à tous les échelons.

 

1 Dès le début des opérations, le Président Daladier, Ministre de la Guerre, voulut remettre des récompenses aux militaires qui s’étaient distingués au feu. Dans l’impossibilité matérielle de créer immédiatement une décoration nouvelle, le chef du gouvernement se rallia à la proposition de l’administration des monnaies et de certains conseillers militaires de reprendre le modèle de la Croix de Guerre 1914-1918, suspendu à un ruban différent.

2 Par suite de l'isolement des divers territoires dû aux circonstances de la guerre 1939-1945, on relève de nombreuses variantes dans les divers types Croix de Guerre 1939-1945. Ces différences s'expliquent par le fait que certaines fabrications durent être improvisées localement .

 

 

 

 

2 . 5 . 8 La croix de guerre TOE .

La Croix de Guerre des Théâtres d'Opérations Extérieurs a été instituée par la loi du 30 avril 1921 en vue de commémorer les citations individuelles obtenues aux divers échelons des armées de terre et de mer, au cours d'opérations menées après le 11 novembre 1918 pour services de guerre caractérisés, directement liés à l'expédition. Sauf en Europe, les opérations dans lesquelles se trouvaient engagées les troupes françaises ne sont pas arrêtées avec l'armistice du 11 novembre 1918. En vue de récompenser les militaires qui se sont signalés pour des faits de guerre en Orient, au Maroc etc..., certains généraux demandèrent que la Croix de Guerre continue d'être attribuée. Les services du Ministère de la Guerre s'y opposèrent en faisant valoir que pour les opérations d'outre-mer on disposait de la Médaille Coloniale. Le Ministre de la Guerre ayant fini par céder à l'insistance des grands chefs, un projet de loi créant une Croix de Guerre spéciale fut présenté à la chambres des députés le 2 juillet 1920.

Les modalités attribution sont les mêmes que celles des Croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945.

La Croix de Guerre des T.O.E. est conforme au modèle de la Croix de Guerre 1914-1918, c'est à dire en bronze florentin du module de 37 mm à quatre branches, avec deux épées entre les branches. Le centre représente, à l'avers, une tête de République au bonnet phrygien orné d'une couronne de laurier. Il porte au revers l'inscription THEATRES D'OPERATIONS EXTERIEURS.

Le croix est suspendus à un ruban formé de trois bandes verticales, une bande centrale bleu clair, encadrée de deux bandes rouges ayant chacune la moitié de la largeur du bleu.

Des palmes ou des étoiles sont placées sur le ruban suivant la nature des citations obtenues.

Une fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre des T.O.E. a été crée pour les unités titulaires de plusieurs citations à l'ordre de l'armée obtenues au cours d'une période d'opérations donnée et continue.

 

 

2 . 5 . 9 La croix de la valeur militaire.

La croix de la valeur militaire est destiné à récompenser les militaires ayant des actions d'éclats au cours d'opérations de sécurité ou de maintien de l'ordre.

En fonction des services rendus, les intéressés sont cités à l'ordre du régiment, de la brigade, du corps d'armée ou de l'armée.

Les étoiles ou les palmes prennent place sur le ruban de la décoration mais un seul insigne est porté quel que soit le nombre de citations obtenues.

Toute citation comportant l'attribution de la croix de la valeur militaire est considérée comme un titre de guerre.

A l'ordre de l'Armée, elle entraîne le bénéfice d'une annuité supplémentaire dans le décompte des points pour l'attribution de la Légion d'Honneur et la Médaille Militaire.

La croix de la valeur militaire est du module de 37 mm à quatre branches en bronze florentin. Le centre représente, à l'avers l'effigie de la République avec les mots REPUBLIQUE FRANCAISE et au revers l'inscription CROIX DE LA VALEUR MILITAIRE.

Le croix est suspendue à un ruban écarlate d'une largueur de 36 mm coupé de trois bandes verticales blanches (une bande centrale de 7 mm , encadrée de deux bandes de 2 mm).

 

 

2 . 5 . 10 La médaille de la résistance française.

L’ordonnance du 9 février 1943 institua la Médaille de la Résistance Française, complétée par un décret portant l’application de l’ordonnance. Le 7 janvier 1944, une autre ordonnance, modifiée à son tour le 2 janvier 1945, actualisa l’organisation de cette distinction et organisa la possibilité de la distinguer avec rosette. La Médaille de la Résistance Française a été instituée pour reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui, en France et à l’étranger, auront contribué à la Résistance du peuple Français contre l’ennemi et ses complices depuis le 18 juin 1940.

Environ 45 000 médailles ont été décernées au total. A noter que cette distinction a été attribuée à 21 collectivités militaires dont 14 bâtiments de la Marine nationale, à 18 localités, à 6 communautés, écoles ou hôpitaux et à 9 collectivités diverses.

La commission de la médaille, créée par l’article 3 de l’ordonnance du 7 janvier 1944 est aujourd'hui chargée de donner son avis sur les propositions d'attribution de la médaille de la Résistance, à titre posthume et de veiller sur les archives et les dossiers des Médailles de la Résistance.

Ruban : noir, traversé par deux bandes rouges latérales et quatre autres bandes plus fines.

Médaille : elle est en bronze et porte à l’avers un bouclier frappé de la Croix de Lorraine avec la date «XVIII-VI-MCMXL» et au revers l’inscription «Patria non Immemor».

Rosette : couleur noire et rouge, apposée sur le ruban.

L’administration de cette décoration a été confiée à la Chancellerie de l’Ordre de la Libération.

 

 

2 . 5 . 11 La médaille des évadés.

C'est le député Marcel Plaisant qui déposa en 1925 une proposition de loi tendant à créer une décoration particulière, entraînant l'attribution de la Croix de Guerre au profit de ceux qui, selon la fameuse déclaration du général Mangin, "ont fait plus que leur devoir en s'évadant des geôles ennemies pour retourner à la bataille".

Cette démarche aboutit au vote de la loi du 20 août 1926, instituant une médaille dite "médaille des évadés" destinée à commémorer les actes ou les tentatives d'évasion accomplis par les prisonniers de guerre au cours de la Guerre 1914-1918 ou sur l'un des différents théâtres d'opérations extérieurs, quelle qu'ait été la durée de leur captivité. Il fallut attendre 1959 pour que paraissent les dispositions similaires relatives à la Guerre 1939-1945. Les dispositions initiales prévoyant le cas des évadés des théâtres d'opérations extérieures, la médaille des évadés a pu être décernée, sans nouveau texte, lors des opérations engagées après la deuxième Guerre Mondiale, en particulier en Extrême-Orient entre 1945 et 1954.

Des décrets ont fixé les conditions d'obtention de cette décoration dans le cas particulier des alsaciens et des lorrains. Y ont droit :

les alsaciens et lorrains, qui entre le 2 août 1914 et le 1er novembre 1918, se sont échappés des rangs de l'armée allemande,

les alsaciens et lorrains, incorporés de force dans l'armée allemande, échappés de ses rangs pour combattre au sein de la résistance ou pour rejoindre les armées alliées,

les alsaciens et lorrains échappés de leurs provinces pour combattre l'ennemi.

Ruban : vert, coupé dans le sens de la longueur de trois raies oranges.

Médaille : en bronze, elle porte à l'avers l'effigie de la République Française et au revers, une couronne de feuilles de chênes avec au centre l'inscription "médaille des évadés".

Citations : la Croix de Guerre 1914-1918 ou des T.O.E accompagne la médaille des évadés obtenue au cours de la Grande Guerre. En revanche, pour la Guerre 1939-1945, la citation n'est accordée que dans des cas exceptionnels.

 

2 . 5 . 12 La croix du combattant volontaire 1914 – 1918.

Dès la fin de la Première Guerre Mondiale, les associations d'anciens combattants demandèrent avec insistance qu'une récompense particulière soit décernée à ceux qui avaient été volontaires pour servir au front au sein d'une unité engagée dans les combats. La Croix du Combattant Volontaire de la Guerre 1914-1918 fut créée par la loi du 4 juillet 1935.

Cette croix a pour bénéficiaires les combattants de la Grande Guerre qui, n'étant pas contraints de combattre en raison de leur situation géographique ou de leur statut particulier ou de leur condition physique, ont néanmoins rejoint volontairement une formation de combat. Elle peut également être décernée aux volontaires étrangers qui ont combattu dans l'armée française sur l'un des fronts d'opérations.

Ruban : vert, avec, au milieu, une bande rouge et sur les bords une bande jaune.

Médaille : croix en bronze avec à l'avers la tête d'un poilu au centre au centre d'un médaillon avec la légende "République Française", le tout reposant sur une épée et un fond de feuillage de laurier. Au revers, l'inscription : "Combattant Volontaire 1914-1918".

 

 

2 . 5 . 13 La croix du combattant volontaire 1939 – 1945.

Comme leurs aînés de 1914-1918, les anciens combattants de la guerre 1939-1945 demandèrent la création d'une Croix du Combattant Volontaire du conflit mondial auquel ils avaient participé. Une loi du 4 février 1953 leur donna satisfaction. Après la fin des conflits en Extrême-orient et en Corée, des demandes identiques furent formulées. Enfin après 1962, la même question se posa pour les anciens combattants d'Afrique du Nord.

Pour éviter la multiplication des croix du même genre à l'occasion des conflits futurs, la décision fut prise de créer une seule et unique Croix du Combattant Volontaire, décision matérialisée par les dispositions du décret du 8 septembre 1981. Ce texte abroge les mesures relatives à la Croix du Combattant Volontaire de la Guerre 1939-1945 et crée une nouvelle croix dont le ruban est orné de barrettes portant l'indication de la campagne ou de l'opération à laquelle a participé le combattant dont le volontariat a été reconnu.

Ruban : rouge avec au milieu, une bande verte et une bande jaune sur chaque bord.

Médaille : croix portant à l'avers, les mots "République Française" et au revers, l'inscription "Croix du Combattant Volontaire".

Barettes : "Guerre 1939-1945", "Indochine", "Corée", "Afrique du Nord".

 

 

2 . 5 . 14 La croix du combattant volontaire de la résistance.

La loi du 15 avril 1954 a remplacé par une Croix du Combattant Volontaire de la Résistance la médaille commémorative primitivement prévue par l’article premier de la loi du 25 mars 1949, portant statut des Combattants Volontaires de la Résistance. Les caractéristiques de la médaille ont été fixées par arrêté du 20 janvier 1955.

La qualité de Combattant Volontaire de la Résistance, qui donne droit à l’insigne, est susceptible d’être reconnue à toute personne qui :

1° A appartenu, pendant trois mois au moins, avant le 6 juin 1944, dans une zone occupée par l’ennemi : a. soit aux Forces Françaises de l’Intérieur, b. soit à une organisation homologuée des Forces Françaises Combattantes, c. soit à une organisation de Résistance homologuée par le Ministre compétent sur proposition de la Commission nationale de la Résistance intérieure française.

2° A été ou sera en outre régulièrement homologuée. Les conditions ci-dessus ne sont toutefois pas imposées : a. aux membres de la Résistance et aux personnels qui, pour actes qualifiés de Résistance, auront été exécutés, tués ou blessés dans des conditions ouvrant droit à une pension militaire d’invalidité ou de décès, ou qui remplissent les conditions prévues par la loi n° 48-1251 du 6 août 1948 établissant le statut définitif des déportés et internés de la Résistance ; b. aux membres de la Résistance qui, avant le 6 juin 1944, s’étant mis à la disposition d’une formation à laquelle a été reconnue la qualité d’unité combattante, ont effectivement combattu pendant trois mois.

En outre, à titre exceptionnel, la qualité de Combattant Volontaire de la Résistance peut être reconnue, sur avis favorable de la Commission nationale, aux personnes qui, bien que n’ayant pas appartenu aux organisations ci-dessus, apportent la preuve qu’elles ont accompli habituellement des actes caractérisés de Résistance pendant trois au moins avant le 6 juin 1944.

La maquette de la décoration est due au graveur de Vernon et le modèle en a été arrêté par le Ministre des Anciens Combattants sur proposition d’une Commission nationale réunissant, autour du Directeur de l’Office National des Anciens Combattants, les représentants des grandes associations d’anciens résistants.

La Croix du Combattant Volontaire de la Résistance est en bronze doré, du module de 36 mm. Elle comporte, sur la face, une croix de Lorraine en relief, le revers porte l’inscription COMBATTANT VOLONTAIRE RESISTANCE. Elle est suspendue à un ruban par un anneau sans bélière. Le ruban, d’une largeur de 36 mm, est noir avec sur chaque bord une bande rouge de 5 mm de large ; il est coupé dans le sens de la longueur de quatre bandes vertes de 1 mm de largeur chacune, dont deux placées au milieu à 2 mm d’intervalle et les deux autres vers chacun des bords à 2 mm de la bande rouge.

 

 

 

2 . 5 . 15 La croix du combattant.

L'article 101 de la loi de finances du 19 décembre 1926 a crée "une carte du combattant qui sera attribuée... à toutes les personnes ayant le droit de recourir à l'aide de l'Office National du Combattant".

Les modalités d'attribution de la carte du combattant ont été fixées par décret du 1er juillet 1930.

Ces mesures étaient l'aboutissement de longs efforts menés par des parlementaires porte-parole des associations d'anciens combattants pour faire adopter un statut des Anciens Combattants. "Ils ont des droits sur nous", avait dit Clemenceau.

C'est également à la suite d'une initiative parlementaire que fut crée, par la loi du 28 juin 1930, la Croix du Combattant, insigne destiné "à signaler à l'attention de leurs concitoyens qui les ignorent les titres au respect des générations futures de ceux qui, au péril de leur vie, ont défendu la patrie".

Aux termes de l'article 3 du décret du 24 août 1930 pris pour l'application de la loi, tous les mobilisés titulaires de la carte du combattant étaient autorisés à porter les insignes de la nouvelle décoration.

Un concours ouvert à tous les artistes anciens combattants et dotés d'un prix de vingt mille francs fut organisé par le Ministre des Pensions pour le choix du modèle de la Croix du Combattant. Le jury, présidé par monsieur Maginot, en sa qualité de Président du Comité d'administration de l'Office National du Combattant et de l'Office National des Mutilés et Réformés de la Guerre, retint le projet présenté par le graveur Doumine.

La Croix du Combattant est en bronze du module de 36 mm.

Elle porte l'inscription REPUBLIQUE FRANCAISE et les mots CROIX DU COMBATTANT. Elle est suspendue au ruban par un anneau sans bélière.

Le ruban d'une largeur de 35 mm est bleu horizon et coupé, dans le sens de sa longueur, de sept raies de couleur rouge garance, d'une largeur uniforme de 1,5 mm.

Le Gouvernement de Vichy créa par décret du 28 mars 1941 une Croix du Combattant de la guerre 1939-1940. Cette croix comportait la même croix de bronze que celle des combattants de la guerre 1914-1918 mais avec, au revers, le millésime 1939-1940. Le ruban était bleu horizon, partagé par trois bandes médianes noires de 2 mm et bordé par deux bandes latérales également noires. L'ordonnance du 7 janvier 1944 interdit provisoirement le port de la Croix du Combattant 1939-1940 et précisa que de nouvelles dispositions seraient prises quant à cette décoration à la fin des hostilités.

Le décret du 29 janvier 1948 ayant étendu aux opérations effectuées après le 2 septembre 1939 le bénéfice des dispositions du décret du 1er 1930 relatif à la carte du combattant, les combattants de la guerre 1939-1945 (aux termes des divers textes qui ont défini cette qualité et organisé la procédure d'attribution de la carte) se trouvent avoir droit au port de la Croix du Combattant instituée par la loi du 28 juin 1930. Mention est faite d'ailleurs de ce droit sur les cartes délivrées aux combattants de la guerre 1939-1945 comme celles délivrées aux combattants de la guerre 1914-1918.

Aucune disposition spéciale n'a été prévue pour les combattants de la guerre 1914-1918 ayant reçu la carte du de combattant et qui ont été reconnus ultérieurement comme ayant la qualité de combattant de la guerre 1939-1945.

Des parlementaires ont demandés en leur faveur, par la voie d'un projet de résolution, l'apposition sur la carte du combattant 1914-1918 d'un cachet "Combattant de la guerre 1939-1945" et la création, pour la Croix du Combattant, de deux barrettes portant les millésimes "1914-1918" et "1939-1945".

 

 

2 . 5 . 16 La médaille de la gendarmerie nationale.

Un décret du 5 septembre 1949 a créé, sur la proposition du ministre de la Défense Nationale Paul Ramadier, une médaille d'honneur dite "Médaille de la Gendarmerie Nationale".

Décernée par le ministre chargé des armées, cette médaille récompense les officiers et sous-officiers qui ont fait l'objet d'une citation à l'ordre de la gendarmerie et les personnalités étrangères à l'arme qui ont rendu des services importants ou qui, par leur aide particulièrement méritoire à l'occasion de ses missions spéciales, se sont acquis des titres à sa reconnaissance.

Ruban : comporte une bande centrale jaune bordée de deux liserés blancs. Cette partie est encadrée de deux bandes bleu gendarme dont chacune est bordée à l'extérieur d'un liseré rouge vif.

Médaille : en bronze, elle porte sur une face un heaume empanaché reposant sur une épée avec la mention "Gendarmerie Nationale". Sur l'autre face, elle présente une couronne de feuilles de chêne surmontée de la légende "Courage-Discipline".

Bélière : incorporée à la médaille, elle représente une grenade enflammée entourée de feuillage.

Le ruban comporte un nombre de grenades égal au nombre de citations de cette catégorie obtenues successivement par le militaire en cause.

 

2 . 5 . 17 L’ Ordre du mérite maritime.

 

Historique :

La France sillonnée par plusieurs côtes est un pays de marins. D'un côté avec la Marine de guerre ("La Royale") et de l'autre la Marine marchande.

C'est pourquoi, il est envisagé de décerner une récompense particulière pour "les gens de la mer", régie par une législation spéciale et encourant des risques.

En mars 1913, l'administration de la Marine marchande est séparée de celle de la Marine de la guerre.

La loi du 9 février 1930 crée l'ordre du Mérite maritime.

Il comprend trois grades :

· Commandeur,

· Officier,

· Chevalier.

Le 16 mai 1930, un décret organise l'ordre et un second décret du 1er mai porte sur son administration.

Le parlement déjà avant la Grande Guerre insistait pour la création de cette décoration. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la loi du 25 septembre 1948 étend l'admission dans l'ordre aux personnels de la Marine Nationale.

Bénéficiaire et conditions d’obtention.

L'ordre du Mérite Maritime récompense les marins pour leur valeur professionnelle et les personnes qui se sont distinguées pour le développement de la Marine marchande, des installations portuaires, des pêches et des sports nautiques.

Il existe deux promotions annuelles, l'une le 1er janvier, la seconde le 14 juillet.

 

Les conditions d'âge et d'ancienneté sont les suivantes :

- être âgé au minimum de 30 ans et avoir 15 ans de services pour le grade de chevalier,

- avoir 8 ans de chevalier pour le grade d'officier,

- avoir 5 ans d'officier pour le grade de commandeur.

Les commandeurs et officiers de Légion d'Honneur peuvent être promus directement au même grade dans l'ordre du Mérite Maritime.

Il peut être décerné aux étrangers ne résidant pas sur le territoire français sans conditions d'ancienneté.

Les étrangers résidant en France doivent réunir les mêmes conditions que les Français.

Les personnes qui ont accompli un acte d'héroïsme ou de dévouement exemplaire en mer peuvent être nommées ou promues sans condition d'âge ou d'ancienneté.

Il en est de même pour ceux qui ont rendu des services extraordinaires à la Marine.

Le Mérite maritime peut être conféré à titre posthume dans des cas exceptionnels.

Les candidatures et les propositions qui concernent les personnes de la Marine Nationale sont transmises par la voie hiérarchique au ministre de la Défense qui les transmet pour décision au ministre de la Mer.

Les autres sont à déposer à la préfecture du lieu de résidence de l'intéressé.

 

La distinction.

Elle a été créée et conçue par la maison Arthus Bertrand (les Pin's). Elle s'inspire de symboles marins : l'ancre et la rose des vents.

L'insigne est une étoile en forme de rose des vents à seize branches sur laquelle est appliquée une ancre.

Les huit branches principales sont ornées d'émail blanc avec, entre elles, huit petites branches en forme de pointes de pique d'or.

L'ancre appliquée sur l'étoile est d'or.

Au centre, un médaillon d'or présente une effigie de la République, ce qui est exceptionnel (elle est presque toujours présentée de profil).

Le médaillon est entouré de la légende "République Française" sur fond émaillé bleu.

La dimension de l'insigne de commandeur est de moitié plus grande de celle des deux premiers grades.

Le revers : dans le médaillon d'or central, porte les mots "Mérite Maritime" ; le médaillon est entouré d'un cercle émaillé bleu avec la légende "Marine Marchande".

L'insigne est suspendu à un ruban bleu outre-mer avec deux raies verticales vertes sur chaque bord ; il comporte une rosette pour les officiers.

L'insigne des commandeurs est suspendu à une cravate.

 

Protocole de remise.

La réception officielle dans l'ordre du Mérite Maritime n'est pas obligatoire. Si elle a lieu, l'insigne ne peut être remis que par une personne décorée au minimum d'un grade égal à celui du récipiendaire.

Le membre de l'ordre appelle le récipiendaire par son nom et lui remet l'insigne en disant : "Au nom du Gouvernement de la République, nous vous faisons (chevalier, officier ou commandeur) de l'ordre du Mérite Maritime".

 

Conseil de l’ordre.

Il est présidé par le ministre chargé de la Mer ou son représentant.

Ses membres, sont composés de hauts fonctionnaires du ministère, un conseiller d'Etat, un amiral, un officier général des affaires maritimes et un membre de la Grande Chancellerie de la Légion d'Honneur qui est vice-président du Conseil.

Il est chargé, de l'examen des dossiers de proposition, des promotions et de la discipline de l'ordre. Le secrétariat est composé du chef du bureau du cabinet du ministre et d'un secrétaire adjoint nommé par le ministre.

Les membres du conseil sont nommés pour quatre ans par le Président de la République sur proposition du ministre.

Les membres sortant pouvant être de nouveau nommés.