La Nation

LA NATION

 

1 . 1 L’hymne national .

On se souvient de la ferveur populaire qui suivit la victoire de l’équipe de France dans la Coupe du Monde de football. Une foule considérable agita des drapeaux tricolores et entonna spontanément la Marseillaise. L’origine de notre hymne national, véritable emblème musical, remonte à la Révolution française ; c’est l’époque à laquelle chaque nation prit conscience de la nécessité de symboliser musicalement son idéal patriotique.

Jusqu’à la Révolution, les airs officiels sont des hymnes religieuses ; Veni Creator est ainsi chanté par les Croisés avant le départ de leur flotte. Le décret de la Convention du 26 messidor an III (14 juillet 1795) décrète que les airs et chants civiques qui ont contribué au succès de la Révolution seraient désormais exécutés par les musiques des Gardes nationales et les troupes de ligne. Cette disposition officialise l’usage d’hymnes dans les circonstances solennelles. Les chants nationaux éclosent ; si l’on excepte l’hymne autrichien composé par Hayn, ils sont pour la plupart improvisés dans des environnements conflictuels par des compositeurs amateurs : la Brabançonne (1830) est l’œuvre du Belge Van Campehnout, l’hymne américain est dû à Francis Scott Key, le russe à Aleksandrov (1942). L’Allemagne adopte le Deutschland über alles dont la mélodie est celle de l’hymne autrichien.

Etrange destinée, en revanche, que celle du fameux God save the Queen, sans doute composé à la fin du XVIIème siècle. En 1686, quand Louis XVI vint inaugurer la maison d’éducation de Saint-Cyr, Madame de Maintenon fit chanter à ses élèves une adaptation française d’un répons, Dieu protège le Roi, sur une musique de Lulli. Cet air aurait été chanté par les partisans de Jacques III Stuart, débarqué en Grande-Bretagne en 1745, et presque aussitôt «subtilisé» par ses adversaires hanovriens. Dieu protège le Roi devenait God save the King. Il fut attesté au XIXème siècle que le motet était bien dans la tradition des demoiselles de Saint-Cyr. Au musée de Versailles, on peut encore entendre une horloge de la première moitié du XVIIIème siècle carillonner l’air de ce qui est aujourd’hui l’hymne anglais.

Chant de guerre pour l’armée du Rhin

En 1792, la France vient de déclarer la guerre à l’Autriche et à la Prusse. Le maire de Strasbourg, monsieur de Dietrich, commande, à un jeune officier qui fréquente son salon, un chant patriotique qui trancherait avec les airs en vogue à Paris, (la Carmagnole et Ca ira !, «Quelque chose valant la peine d’être chanté».

Dans la nuit du 24 au 25 avril, Claude-Joseph Rouget de Lisle, capitaine du Génie en garnison à Strasbourg, acquis aux idéaux d’une révolution modérée (il sera un temps inquiété et incarcéré sous la Terreur, amateur de musique et de poésie, compose dans la solitude de sa chambre, une mélodie jouée dès le lendemain au clavecin chez le maire de la ville. Cette œuvre, baptisée Chant de guerre pour l’armée du Rhin, est dédiée à son commandant en chef, le maréchal de Luckner. Le 29, elle est jouée par la Garde nationale sur la place d’armes de Strasbourg, puis presque aussitôt répandue dans tout le pays. Les volontaires marseillais l’adoptent comme chanson de marche qu’ils entonnent à leur entrée dans Paris et lors de l’insurrection du 10 août 1792. Les Parisiens l’auraient spontanément rebaptisé La Marseillaise…

 

 

 

Néanmoins, de nombreuses polémiques naissent sur la véritable paternité de notre hymne national, Rouget de Lisle étant, par certains détracteurs, jugé incapable d’écrire une œuvre aussi inspirée. On a d’abord prétendu que la mélodie était l’œuvre d’Ignaz Pleyel, compositeur autrichien, ami de Rouget de Lisle, qui fut maître de chapelle à la cathédrale de Strasbourg. En 1886, Arthur Loth l’attribua à Jean-Baptiste Grisons, chef de la maîtrise de la cathédrale de Saint-omer ; la marche d’Assuérus de son oratorio Esther, composé en 1787, présenterait, avec la certitude de son antériorité, de curieuses similitudes avec La Marseillaise…Toutefois, le compositeur n’osa jamais la revendiquer. D’autres ont évoqué Alexandre Boucher qui l’aurait écrite en 1792 à la demande d’un colonel qui voulait une marche pour la musique de son régiment.

Enfin, des musicologues ont constaté une étroite parenté avec le concerto pour clavecin et orchestre de Carl-Philipp Emmanuel Bach, fils de Jean-Sébastien. Le texte du septième couplet, d’abord attribué au poète Chénier et à d’autres, semble être de l’abbé Antoine-Dorothée Pessonneaux qui l’aurait composé à Vienne le 14 juillet 1792 en l’honneur des Marseillais qui se rendaient à Paris.

Francois-Joseph Gossec, symphoniste renommé (élève de Rameau et ami de Hayn) orchestra La Marseillaise et la fit triompher le 2 octobre 1792 à l’opéra de Paris dans un concert avec chœur et orchestre, Offrande à la liberté. Etienne Méhul, chargé d’arranger pour plusieurs voix la musique, introduisit en 1795 des changements qui ont subsisté. Berlioz, à son tour, en donna en 1830 une version difficile à exécuter. En 1887, elle fut transformée en marche militaire par une commission musicale nommée par le général Boulanger.

Aujourd’hui hymne national, ce chant connut de nombreuses vicissitudes, supplanté à de multiples reprises par d’autres œuvres à mesure que les régimes politiques se succédaient. D’inspiration jugée outrageusement révolutionnaire, l’hymne est évincé par le Réveil du peuple sous le Directoire, Veillons au salut de l’Empire sous Napoléon, Vive Henri IV sous les Bourbons, la Parisienne sous Louis-Philippe, Partant pour la Syrie sous Napoléon III. Mais, avant tout chant patriotique propre à exalter les foules, La Marseillaise est réutilisée dans d’autres circonstances par les mêmes hommes : Napoléon à la veille de sa chute, Louis-Philippe en 1840, Napoléon III en juillet 1870.

Lamartine n’est sans doute pas étranger à la gloire de Rouget de Lisle, lui qui écrivit dans son Histoire des Girondins : «Le jeune homme aimait la guerre comme soldat, la Révolution comme penseur, il charmait par les vers et la musique les lenteurs impatientes de la garnison. Recherché pour son double talent de musicien et de poète, il fréquentait familièrement la maison Dietrick, patriote alsacien maire de Strasbourg. (…) Dietrick regarde de L’Isle avec une sérénité triste et lui dit : «L’abondance manque à nos festins. Mais qu’importe, si l’enthousiasme ne manque pas à nos fêtes civiques et le courage au cœur de nos soldats ! J’ai encore une dernière bouteille de vin dans mon cellier. Qu’on l’apporte et buvons-la à la patrie ! Strasbourg doit avoir bientôt une cérémonie patriotique, il faut que L’Isle puise dans ces dernières gouttes un de ces hymnes qui portent dans l’âme du peuple l’ivresse d’où il a jailli». De l’Isle chercha lentement l’inspiration, composant tantôt l’air avant les paroles, tantôt les paroles avant l’air (…). (Le lendemain) Rouget chanta. A la première strophe, les visages pâlirent ; à la seconde, les larmes coulèrent, aux dernières, le délire de l’enthousiasme éclata. Il est vrai qu’il faut situer La Marseillaise, nouveau Te Deum selon Goethe, et le Chant du départ de Méhul, dans un climat d’exaltation national. Vecteur du message révolutionnaire, la production musicale de l’époque compta essentiellement des chants patriotiques et des hymnes, joués par des formations de cuivres et de percussions, qui préfigurent à bien des égards nos musiques militaires actuelles.

La victoire des partis républicains aux élections législatives de 1879 consacra l’adoption définitive de La Marseillaise comme hymne officiel, devant être exclusivement interprété par des musiques militaires, et ce conformément au décret du 26 messidor an III (14 juillet 1795) qui lui reconnaissait déjà son «caractère de chant national».

Toutes les révolutions des XIXème et XXème siècles se sont faites dans le monde entier au chant de La Marseillaise. Aucun autre hymne national n’allait connaître de diffusion comparable ni inspirer autant d’artistes désireux d’en détourner le massage original…

Armelle Datin

Armées d’aujourd’hui n° 233

 

1 . 2 La Marseillaise .

A l'origine chant de guerre révolutionnaire et hymne à la liberté, la Marseillaise s'est imposée progressivement comme un hymne national.

Elle accompagne aujourd'hui la plupart des manifestations officielles.

L'histoire

En 1792, à la suite de la déclaration de guerre du Roi à l'Autriche, un officier français en poste à Strasbourg, Rouget de Lisle compose, dans la nuit du 25 au 26 avril, chez Dietrich, le maire de la ville, le "Chant de guerre pour l'armée du Rhin".

Ce chant est repris par les fédérés de Marseille participant à l'insurrection des Tuileries le 10 août 1792. Son succès est tel qu'il est déclaré chant national Le 14 juillet 1795.

Interdite sous l'Empire et la Restauration, la Marseillaise est remise à l'honneur lors de la Révolution de 1830 et Berlioz en élabore une orchestration qu'il dédie à Rouget de Lisle.

La IIIème République (1879) en fait un hymne national et, en 1887, une "version officielle" est adoptée par le ministère de la guerre après avis d'une commission.

C'est également sous la IIIème République, Le 14 juillet 1915, que les cendres de Rouget de Lisle sont transférées aux Invalides.

En septembre 1944, une circulaire du ministère de l'Education nationale préconise de faire chanter la Marseillaise dans les écoles pour "célébrer notre libération et nos martyrs".

Le caractère d'hymne national est à nouveau affirmé dans les constitutions de 1946 et de 1958 (article 2).

 

L'auteur

Né en 1760 à Lons-le-Saunier, Claude-Joseph Rouget de Lisle est capitaine du génie mais a mené une carrière militaire assez brève. Révolutionnaire modéré, il est sauvé de la Terreur grâce au succès de son chant. Auteur de quelques romances et opéras, il vit dans l'ombre sous l'Empire et la Restauration jusqu'à son décès à Choisy-le-Roi en 1836.

 

La partition

En quelques semaines, l'Hymne des Marseillais est diffusé en Alsace, sous une forme manuscrite ou imprimée, puis il est repris par de nombreux éditeurs parisiens. Le caractère anonyme des premières éditions a pu faire douter que Rouget de Lisle, compositeur par ailleurs plutôt médiocre, en ait été réellement l'auteur.

Il n'existe pas de version unique de la Marseillaise qui, dès le début, a été mise en musique sous diverses formes, avec ou sans chant. Ainsi, en 1879, la Marseillaise est déclarée hymne officiel sans que l'on précise la version, et un grand désordre musical pouvait se produire lorsque des formations différentes étaient réunies.

La commission de 1887, composée de musiciens professionnels, a déterminé une version officielle après avoir remanié le texte mélodique et l'harmonie.

Le Président Valéry Giscard d'Estaing a souhaité que l'on revienne à une exécution plus proche des origines de l’œuvre et en a fait ralentir le rythme. C'est aujourd'hui une adaptation de la version de 1887 qui est jouée dans les cérémonies officielles.

Parallèlement, la Marseillaise a été adaptée par des musiciens de variété ou de jazz.

 

Les paroles

1er couplet

Allons enfants de la Patrie,

Le jour de gloire est arrivé !

Contre nous de la tyrannie,

L'étendard sanglant est levé, (bis)

Entendez-vous dans les campagnes

Mugir ces féroces soldats ?

Ils viennent jusque dans vos bras

Egorger vos fils et vos compagnes !

 

 

Refrain

Aux armes, citoyens,

Formez vos bataillons,

Marchons, marchons !

Qu'un sang impur

Abreuve nos sillons !

 

2ème couplet

Que veut cette horde d'esclaves,

De traîtres, de rois conjurés ?

Pour qui ces ignobles entraves,

Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)

Français, pour nous, ah ! quel outrage

Quels transports il doit exciter !

C'est nous qu'on ose méditer

De rendre à l'antique esclavage !

 

3ème couplet

Quoi ! des cohortes étrangères

Feraient la loi dans nos foyers !

Quoi ! ces phalanges mercenaires

Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)

Grand Dieu ! par des mains enchaînées

Nos fronts sous le joug se ploieraient

De vils despotes deviendraient

Les maîtres de nos destinées !

 

4ème couplet

Tremblez, tyrans et vous perfides

L'opprobre de tous les partis,

Tremblez ! vos projets parricides

Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)

Tout est soldat pour vous combattre,

S'ils tombent, nos jeunes héros,

La terre en produit de nouveaux,

Contre vous tout prêts à se battre !

 

5ème couplet

Français, en guerriers magnanimes,

Portez ou retenez vos coups !

Epargnez ces tristes victimes,

A regret s'armant contre nous. (bis)

Mais ces despotes sanguinaires,

Mais ces complices de Bouillé,

Tous ces tigres qui, sans pitié,

Déchirent le sein de leur mère !

 

6ème couplet

Amour sacré de la Patrie,

Conduis, soutiens nos bras vengeurs

Liberté, Liberté chérie,

Combats avec tes défenseurs ! (bis)

Sous nos drapeaux que la victoire

Accoure à tes mâles accents,

Que tes ennemis expirants

Voient ton triomphe et notre gloire !

 

7ème couplet

Nous entrerons dans la carrière

Quand nos aînés n'y seront plus,

Nous y trouverons leur poussière

Et la trace de leurs vertus (bis)

Bien moins jaloux de leur survivre

Que de partager leur cercueil,

Nous aurons le sublime orgueil

De les venger ou de les suivre

 

 

1 . 3 L’ emblème .

De tout temps, les chefs militaires ont arboré au bout d’une pique ou d’une hampe un insigne distinctif pour rallier leurs troupes.

Chez les Romains, légions et cohortes avaient leurs bannières. Depuis Constantin, l’empereur lui-même avait son labarum, étoffe de soie brodée d’or.

Au Moyen-âge, les chevaliers, simples gentilshommes, portaient au bout de leur lance un morceau de toile de couleur terminé en pointe ou en fourche, appelé pennon. Les chevaliers bannerets, c’est-à-dire capables d’appeler un ban de vassaux, arboraient une bannière à leurs armes et couleurs.

Et du XIIè au XVè siècle, c’est l’oriflamme rouge de l’abbaye de Saint-Denis qui accompagnera les rois de France à la guerre. Si aucune uniformité ne prévalait dans les enseignes, les manuscrits du moyen-âge représentaient toutefois volontiers les camps français plantés de bannières ornées de fleurs de lis, les Anglais de léopards.

Les croisades sont à l’origine de la première marque nationale. En 1188, à Gisors, les chevaliers de France, d’Angleterre et de Flandre, afin, de se distinguer, adoptèrent des croix sur leur cotte. La croix blanche se perpétua sur les drapeaux de l’infanterie française, du milieu du XVIè siècle jusqu’en 1789.

Après une période de désordre sous la Révolution, où des drapeaux de dimensions considérables arborèrent les figurations les plus diverses, Napoléon décida en 1804 que drapeaux et étendards porteraient un losange central blanc accompagné de cantons triangulaires, alternativement rouges et bleus, où figurerait le numéro du corps. Les noms de bataille où s’illustreraient les unités seraient inscrits sur une face du losange.

En 1812, l’Empereur changea la disposition des couleurs, qui furent désormais portées sur trois bandes parallèles égales ; hormis l’intermède 1814-1830, où l’emblème fut un drapeau fleurdelisé et la IIè République, où un canton rouge fut ajouté au tricolore, ces dispositions ne varièrent pas depuis. Une règle instaurée par Napoléon Ier, restée en vigueur, impose au corps de troupe un effectif minimum de 1200 hommes à pied pour avoir droit à un drapeau ou de 800 hommes «à cheval» pour avoir droit à un étendard. Les étendards (pour les régiments de cavalerie, de gendarmerie, d’artillerie et du train) ne diffèrent des drapeaux que par leurs dimensions plus petites.

Depuis le Second empire, les mots Honneur et Patrie (Honneur et Fidélité pour les unités de la Légion étrangère) sont inscrits sur une face du drapeau.

Jusqu’à la Révolution française, le drapeau était réservé aux militaires et partout, la Patrie était incarnée par les monarques. Pourtant dès le XVIIIe siècle, certains signes distinctifs de nationalité émergèrent. Les bâtiments de guerre français battaient pavillon blanc fleurdelisé et depuis 1767, en France, une cocarde blanche portée au chapeau par les militaires symbolisait le Roi.

Le 14 juillet 1789, les insurgés choisirent d’arborer une cocarde bleue et rouge aux couleurs de la ville de Paris. Aussi lorsque, trois jours après, Louis XVI, venu à l’Hôtel de ville, l’arbora sur sa coiffure, il créa la cocarde tricolore qui fut à l’origine du drapeau national. Le drapeau tricolore fut alors adopté comme emblème national et le demeura, sa primauté étant définitivement confirmée par Lamartine lors de la révolution de 1848.

 

 

Les autres pays .

Au XIXème siècle, d'autres pays imitèrent bientôt la France et le plus souvent, firent du drapeau militaire leur emblème national. Le drapeau britannique en fut un des premiers exemples. Lorsque Jacques VI d’Ecosse accéda au trône d'Angleterre (1603), le drapeau destiné à la marine de guerre associa la croix de Saint-Georges rouge sur fond blanc, insigne de l'Angleterre, à la croix de Saint-André blanche sur fond bleu de l'Ecosse.

Lors de la réunion de l'Irlande, en 1800, on y ajouta la croix de Saint-Patrick rouge sur fond blanc, l'ensemble formant depuis lors l'Union jack.

Tout au long du XIXème siècle, l'affirmation populaire du principe des nationalités, la multiplication des rencontres et des échanges internationaux amenèrent une grande extension de leur emploi. Peu à peu, drapeaux militaires et nationaux s'identifièrent dans leur forme et de nos jours, les pays qui accèdent à l'indépendance s'empressent de définir leur emblème.

Rare pays à n'avoir jamais changé de drapeau, les Etats-Unis ont préservé la bannière étoilée choisie lors de la guerre d'Indépendance, à treize bandes horizontales rouges et blanches, et treize étoiles blanches dans un canton bleu pour symboliser les colonies libérées. Plus tard, à chaque nouvel Etat admis, il fut de tradition d'ajouter une étoile.

Si l'on sait les interpréter, drapeaux et armes fournissent des renseignements révélateurs sur les pays qu'ils représentent. Le drapeau rouge était autrefois déployé par la troupe qui devait rétablir l'ordre. En souvenir de son emploi le 17 juillet 1791 sur-le-champ de Mars à Paris, où les manifestants comptèrent cinquante morts, il devint le symbole de la révolution. Utilisé comme tel par les révoltés de 1848 et les communards de 1871, il fut choisi comme emblème national par les Soviétiques en 1918, puis par l'Albanie, la Chine populaire, la Turquie, le Vietnam, etc...

Le drapeau noir, autrefois arboré par les pirates, connus pour ne reconnaître aucune autorité, fut adopté par les anarchistes.

Le drapeau vert ou étendard du prophète (en arabe Sandjak-i-cherif, le noble étendard) est cette enseigne de couleur verte vénérée de l'ancien empire ottoman comme ayant été portée par Mahomet; il désigne aujourd'hui les peuples de religion islamique et par extension, l'Islam lui-même.

L'univers des drapeaux, reflet de l'évolution historique et politique d'un Etat, se renouvelle constamment. L'effondrement du communisme en Europe, l'éclatement de la Yougoslavie, la transformation de la Haute-Volta en Burkina Faso, pour ne citer que ces exemples, sont autant d'événement qui se traduisirent par l'apparition de nouveaux drapeaux. Reste que de tels changements ne se font pas en un jour, car ils impliquent des choix et une réflexion approfondie sur le contenu symbolique. La présence d'un emblème devant le siège des nations unies, à New York, équivaut aujourd'hui à la reconnaissance officielle de la souveraineté d'une nation.

Armelle Datin

Armées d’aujourd’hui n°221

 

1 . 4 Marianne .

                                                                                                  

Bien que la Constitution de 1958 ait privilégié le drapeau tricolore comme emblème national, Marianne incarne aussi la République française.

Les premières représentations d'une femme à bonnet phrygien, allégorie de la Liberté et de la République, apparaissent sous la Révolution française.

L'origine de l'appellation de Marianne n'est pas connue avec certitude. Prénom très répandu au XVIIIème siècle, Marie-Anne représentait le peuple. Mais les contre-révolutionnaires ont également appelé ainsi, par dérision, la République.

Symbole de liberté, le bonnet phrygien était porté par les esclaves affranchis en Grèce et à Rome. Un bonnet de ce type coiffait aussi les marins et les galériens de la Méditerranée et aurait été repris par les révolutionnaires venus du Midi.

Sous la IIIème République, les statuts et surtout les bustes de Marianne se multiplient, en particulier dans les mairies. Plusieurs types de représentation se développent, selon que l'on privilégie le caractère révolutionnaire ou le caractère "sage" de la Marianne : le bonnet phrygien est parfois jugé trop séditieux et remplacé par un diadème ou une couronne.

Aujourd'hui, Marianne a pu prendre le visage d'actrices célèbres. Elle figure également sur des objets de très large diffusion comme les pièces de monnaie ou les timbres-poste.

1 . 5 Devise de la France .

«Liberté, Egalité, Fraternité»

Héritage du siècle des Lumières, la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" est invoquée pour la première fois lors de la Révolution française. Souvent remise en cause, elle finit par s’imposer sous la IIIème République. Elle est inscrite dans la constitution de 1958 et fait aujourd’hui partie de notre patrimoine national.

Associées par Fénelon à la fin du XVIIème siècle, les notions de liberté, d'égalité et de fraternité sont plus largement répandues au siècle des Lumières.

Lors de la Révolution française, "Liberté, Egalité, Fraternité" fait partie des nombreuses devises invoquées. Dans un discours sur l'organisation des gardes nationales, Robespierre préconise, en décembre 1790, que les mots "Le Peuple français" et "Liberté, Egalité, Fraternité" soient inscrits sur les uniformes et sur les drapeaux, mais son projet n’est pas adopté.

A partir de 1793, les Parisiens, rapidement imités par les habitants des autres villes, peignent sur la façade de leurs maisons les mots suivants : "unité, indivisibilité de la République ; liberté, égalité ou la mort". Mais ils sont bientôt invités à effacer la dernière partie de la formule, trop associée à la Terreur...

Comme beaucoup de symboles révolutionnaires, la devise tombe en désuétude sous l'Empire. Elle réapparaît lors de la Révolution de 1848, empreinte d’une dimension religieuse : les prêtres célèbrent le Christ-Fraternité et bénissent les arbres de la liberté qui sont alors plantés. Lorsqu’est rédigée la constitution de 1848, la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" est définie comme un "principe" de la République.

Boudée par le Second Empire, elle finit par s'imposer sous la IIIème République. On observe toutefois encore quelques résistances, y compris chez les partisans de la République : la solidarité est parfois préférée à l'égalité qui implique un nivellement social et la connotation chrétienne de la fraternité ne fait pas l'unanimité.

La devise est réinscrite sur le fronton des édifices publics à l'occasion de la célébration du 14 juillet 1880. Elle figure dans les constitutions de 1946 et 1958 et fait aujourd’hui partie intégrante de notre patrimoine national. On la trouve sur des objets de grande diffusion comme les pièces de monnaie ou les timbres.

1 . 6 Le Coq effigie de la France .

Aux Romains, on attribue le jeu de mots : «Gallus», le coq, et «gallus» le Gaulois !

Même s’ils ont laissé de lui quelques belles représentations en bronze et en terre cuite, nos ancêtres n’ont jamais mis le coq particulièrement à l’honneur…

Curieusement ce sont les ennemis de la France au Moyen-Age, anglais et germanique, qui vont chercher à ridiculiser les Français en faisant apparaître le «Gallus» comme un fou et un sot, fuyant devant le léopard britannique et l’aigle impériale. Devant les attaques portées au symbole imposé à la France, il fallut improviser. C’est ainsi qu’utilisant une timide redécouverte des gaulois, et surtout grâce à la remise à l’honneur de l’antiquité par les «humoristes», le coq va pouvoir retrouver sa fierté. En effet, le coq était révéré chez les Anciens : animal consacré à Jupiter, Mercure et Esculape, il avait ses lettres de noblesses que trois rois de France n’hésitèrent pas à utiliser en adoptant le coq pour emblème. Il s’agit de Charles VIII, Louis XII et François 1er.

En particulier dans un manuscrit de 1512, on voit un coq blanc foulant le Lion de Saint-Marc. Le coq chevauchant victorieusement un lion deviendra un thème favori des réalisateurs d’enseignes, c’est le fameux «coq hardi» qui fait encore de nos jours la gloire de nombreux restaurants. Pour certains auteurs les vrais débuts du coq symbole dateraient d’Henri IV. En effet, à la naissance de son fils, le futur Louis XIII, le «promoteur» de la poule au pot fit émettre une médaille avec un coq posant la patte sur le monde tandis que le dauphin tient une fleur de lys. Ainsi l’emblème royal demeure le lys tandis que le coq devient l’emblème du peuple français. Louis XIV ne pouvait être qu’un fervent adepte de l’oiseau qui fait lever le soleil ! C’est pourquoi le coq figure sur les chapiteaux «d’ordre français» de la galerie des glaces à Versailles, apparaît sur les cimiers des casques guerriers, sur les médailles commémoratives des victoires, etc.

On peut souligner que parallèlement les artistes étrangers se mettent à utiliser le même symbole, mais plutôt en cas de défaite française. Avec la Révolution sonne véritablement l’heure de gloire du coq. Dès la guerre d’indépendance des Etats-Unis, artistes américains et français allient le coq français au serpent américain contre le léopard anglais. Puis pour la convocation des états généraux une médaille «à coq» est frappée. Bien d’autres suivront. Le coq surmontera les hampes de drapeaux, figurera dans nombre d’assiettes patriotiques (avec pour devise «Je veille pour la patrie»), sur des cachets administratifs, etc.

Si le coq est particulièrement mis en valeur à cette époque c’est en partie en raison des qualités qu’on lui prête : courage, fierté, vigilance. On peut penser raisonnablement que jusqu'alors le «français moyen» ne devait guère prêter attention à ce symbolisme, mais qu’avec la grande diffusion d’assiettes et des «images» le coq est devenu plus profondément le représentant du peuple français.

Il est vraisemblable que, pendant des siècles, la figure du coq était liée au coq du clocher de chaque village, au reniement de Saint-Pierre, au lever du soleil et à la fécondation des poules, l’animal étant réputé pour sa vigueur sexuelle. Sous le 1er Empire, l’aigle, jugé plus noble et rappelant Rome, voulu par Napoléon, va mettre un terme à cette primauté que les papiers administratifs conservent ! La restauration essayera d’oublier ce symbole qui, bien que monarchique, est trop compromis par la Révolution, Louis-Philippe, le roi-citoyen, n’aura pas ces scrupules et va mettre des coqs un peu partout sur les hampes des drapeaux de la garde nationale, sur les sabretaches des cavaliers, sur la base de la «colonne de juillet» place de la Bastille, sur l’Arc de triomphe. Sur son blason personnel le roi fait figurer deux coqs… C’est une des périodes les plus fastes pour l’oiseau qui se voit ainsi officialisé.

La seconde République ne change rien à son importance, alors que ne change rien à son importance, alors que Napoléon III s’empresse de le faire disparaître en rétablissement l’aigle de son oncle. Assez curieusement la IIIème République renoue avec la tradition monarchique et, plus naturellement, avec la République précédente. Le témoignage le plus manifeste en est «la grille du coq» du palais de l’Elysée, coté jardins. Il est certain que le nationalisme consécutif à la perte de l’Alsace et de la Lorraine favorise la popularité de l’emblème. Quant à la guerre de 14-18 elle apportera matière aux écrivains, chansonniers, caricaturistes, propagandistes, affichistes, etc.

Et malheureusement, de nombreux villages français témoignent toujours de ce patriotisme exacerbé dans les monuments aux morts souvent sommés d’un coq fier et victorieux. Rappelons en passant que le coq gaulois a fait école en 1913 ; puisqu’un coq rouge sur fond jaune est devenu cette année-là le drapeau de nos amis wallons.

Le coq gaulois symbolisant le courage et la vaillance du peuple français, il est naturel de le voir utilisé en période de guerre. C’est pourquoi durant la Seconde Guerre mondiale l’emblème va reprendre du service et s’opposer à la francisque puis, associé à la croix de Lorraine, vaincre la «croix gammée». Le corps expéditionnaire en Italie avec le futur maréchal juin le fait sien. Le Gouvernement provisoire d’Alger émet une série de timbres avec un coq victorieux sur fond de croix de Lorraine. Sans compter un journal «le Coq Enchaîné», un camembert «coq hardi». Après la libération il y aura de nouveaux timbres à l’effigie du coq. Symbole, emblème de la France, le coq a aussi été célébré par la littérature.

Prosateurs, poètes, artistes ont célébré le coq à leur manière. Et cela dès les premières heures de la civilisation. Platon, Socrate, Plante, Ovide y ont fait référence dans leurs écrits. Mais c’est avec le Moyen-Age et le Roman de Renart que naît le personnage de chantecler repris au XIXème siècle par Edmond Rostand, pour sa pièce en vers et en quatre actes ; avec le grand Lucien Guitry pour lui donner chair.

Entre-temps, La Fontaine célébra le coq dans ses Fables, comme dans celle de La Perdrix et les coqs. Plus près de nous, la romancière Patricia Highsmith situera l’action de La Ferme des malheurs dans un élevage avicole où le coq tient son rôle dans l’intrigue de ce roman noir. Même George Orwell l’auteur de «1984», évoque le gallinacé dans sa «ferme des animaux».

Depuis le symbole du coq n’a plus même résonance littéraire ni patriotique. Il est fort utilisé par la publicité, et c’est désormais dans le sport qu’il fait carrière ! Les origines du coq porté sur les maillots des sportifs sont obscures. Il est accepté que ce soit en 1911 que les joueurs de rugby de l’équipe de France arborèrent ce symbole victorieux après leur première victoire sur l’Angleterre, sur le score de 16 à 15…

Mais sans véritable certitude, les documents de l’époque n’étant pas toujours de bonne qualité. La première apparition avéré d’un coq sur un maillot de sportif remonte à 1914. L’animal ornait alors le polo du champion de France des 100 et 200 mètres, Parenteau. Dès lors, nombre de fédérations sportives vont inscrire le coq dans leurs blasons, sigles ou logos, et depuis 1972, les athlètes participant aux Jeux olympiques se voient attribuer le coq surmontant les cinq anneaux. Mais il faut bien reconnaître qu’au-delà de l’intention noble des instigateurs de ces décisions, les qualités prêtées au coq sont souvent dévoyées par des supporters bêtement chauvins, ce qui fait la joie des caricaturistes et des humoristes. Actuellement, il représente plus souvent les Français «franchouillard» que le peuple français aux vertus ancestrales.

Yves D. PAPIN

Historia N° 619 – juillet 1998

 

1 . 7 Histoire du service militaire.

L’histoire du service militaire est étroitement liée à l’histoire militaire de la France et plus généralement à l’histoire même de la nation française. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, la guerre fait s’affronter des bandes armées puis des régiments de part et d’autres d’une ligne de démarcation. Au début du XXème siècle, la guerre implique toutes les composantes d’un pays, économique, sociale, technique et idéologique. Le service militaire suit cette évolution. D’une forme militaire, il évolue à partir de 1959 vers des formes civiles.

L’ancien régime.

L’Ancien Régime connaît un système de recrutement mixte : engagements volontaires pour les troupes régulières et ébauche de conscription pour les troupes auxiliaires composant la milice. A cette époque, les colonels possèdent leurs régiments. Le roi ne leur fournissant en principe aucun homme, c’est à eux que revient le soin d’organiser le recrutement de leur régiment. Cette nécessité découle le système de racolage. Pour le recrutement de la milice, un contingent national est fixé que l’on répartit entre les provinces, puis entre les paroisses. Une liste des célibataires entre 18 et 40 ans est dressée dans chaque village et un tirage au sort désigne ceux qui sont incorporés. Malgré la faiblesse du prélèvement, le pays accueille très mal ce recrutement. Dans les villages, l’annonce du tirage au sort provoque de nombreux mariages et de fuites, voir même des exils. Dès 1790, l’assemblée Nationale supprime la milice et la remplace par la garde nationale composée uniquement de volontaires. Mais les menaces militaires qui pèsent sur la France et les déclarations de guerre successives à partir du 20 avril 1792 avec la Hongrie puis l’Autriche, la Prusse, la Hollande, l’Espagne et l’Angleterre obligent l’assemblée à réorganiser l’armée.

La Révolution.

La France de la Révolution introduit une première innovation : la notion d’une armée nationale, recrutée dans la masse de la population. Promulguée le 24 février 1793, un décret de la Convention ordonne la «réquisition» de 300 000 hommes pris parmi les célibataires et les hommes veufs ou mariés sans enfants. Quelques mois plus tard, le décret du 21 août 1793 proclame la «levée en masse». Projet imposant qui prévoit l’appel de tous les hommes de 18 à 50 ans. La Convention dispose ainsi de 750 000 hommes, chiffre jamais atteint jusqu’alors. Elle fait participer la totalité de la collectivité à l’effort de guerre. Le texte, voté dans la précipitation, ne prévoit ni la durée de la réquisition, ni le renouvellement des «réquisitionnés». Au fil des mois et des années, la lassitude gagne les rangs des militaires mobilisés depuis 1793, les désertions sont nombreuses. Le 9 septembre 1798, le général Jourdan propose alors de rationaliser la "levée en masse" par la conscription forcée. Tous les Français de 20 à 25 ans sont soumis au service militaire et doivent se faire inscrire sur les tableaux de recrutement de l’armée.

Le Consulat et l’Empire.

Dès l’origine, la loi Jourdan est modifiée par deux dispositions. En 1802, une loi instaure le remplacement (les jeunes qui ne souhaitent pas effectuer leur service doivent fournir un remplaçant à l’armée), tandis qu’en 1804, une autre loi instigue le tirage au sort, inspiré de celui de la milice. Jusqu’en 1810, l’importance du contingent appelé est assez faible (moins de 80 000 hommes), puis les effectifs augmentent jusqu’en 1813. Le mécontentement populaire croît au même rythme.

La conscription est à ce point détestée que l’une des premières décisions de Louis XVIII, en 1814, est de la supprimer.

Mais Gouvion Saint-Cyr, ministre de la Guerre, constatant l’impossibilité de mettre sur pied une armée d’au moins 200 000 hommes en recourant aux seuls engagés, présente au Parlement, en 1818 une nouvelle loi : en cas d’insuffisance des effectifs, l’armée les complète par des appels. La loi de 1818 prévoit un service de 6 ans ; elle fixe l’effectif complet de paix à 240 000 hommes et le contingent annuel à appeler à 40 000 hommes avec tirage au sort et remplacement.

L’ordonnance de 1824 réforme la loi de 1818. Le contingent annuel est fixé à 60 000, la durée du service à 8 ans. Le maréchal Soult, ministre de la Guerre, renverse l’ordre de la formulation de la loi Gouvion Saint-Cyr : l’armée se recrute par des appels et des engagés volontaires. Les principes restent les mêmes : service toujours long mais ramené de 8 à 7 ans, tirage au sort et remplacement.

Toutefois apparaît dans les textes la volonté de préparer une réserve. Le contingent levé est divisé en deux parties : la première est immédiatement incorporée, la seconde est laissée dans ses foyers mais fait partie de la garde nationale. Les guerres de Crimée et d’Italie montrent à nouveau les insuffisances du système. La prolongation des combats à Sébastopol contraint le gouvernement à rappeler et envoyer dans l’armée d’Orient des réservistes à peine formés et peu résistants.

 

La IIIème République.

De la défaite des troupes impériales à Sedan, les Français retiennent celle de l’infériorité numérique et le souvenir de l’invasion. Ainsi, le 27 juillet 1872, au terme de discussions longues et passionnées, opposant partisans de l’armée de métier à ceux de la nation armée, le législateur impose le service militaire obligatoire pour tous. Le contingent est divisé en deux parties par le tirage au sort. Les mauvais numéros accomplissent cinq ans de service, les bons à peine une année. Le remplacement est supprimé mais de nombreuses dispenses sont accordées aux enseignants, séminaristes et soutiens de famille.

La loi du 21 mars 1905, préparée par le général André consacre réellement le service militaire obligatoire et universel. La durée du service diminue de trois à deux ans, mais surtout, la loi abolit toutes les dispenses et les exemptions. Toutefois, elle autorise le sursis soit pour intérêt familial, soit pour les études, les besoins d’une exploitation agricole, industrielle ou commerciale. Dès le début du XXème siècle, on assiste à un développement des techniques qui bouleverse la stratégie navale et apporte avec le chemin de fer le moyen de se déplacer et de concentrer les armées avec une ampleur et une rapidité jusqu’alors inconnues.

La logique de cette évolution conduit les états à envisager de placer sous leur autorité des secteurs de plus en plus larges de l’activité économique. Des plans de mobilisation ferroviaire, maritime et industrielle viennent s’ajouter aux plans de mobilisation militaire. La guerre de 1939-45 confirme cette évolution.

La Vème République .

Les parlementaires, conscients de cette évolution apportent des modifications. L’ordonnance du 7 janvier 1959 traduit légalement pour la première fois depuis un demi-siècle la notion de défense nationale.

Une défense qui devient globale car la menace est globale et revêt plusieurs formes. Elle consacre aussi une évolution profonde des devoirs du citoyen à l’égard de la collectivité nationale en élargissant la notion traditionnelle de service militaire en une obligation de caractère plus étendue : celle de service national.

P. de Peyrelongue.

Magazine "Objectif défense"

 

Evolution du Service Militaire

1691 : monarchie, Ancien régime. (louis XIV) Lettre de Louvois aux intendants le 16 février concernant le racolage. «Le Roi a appris avec surprise qu’il a été fait des violences considérables dans les provinces par les officiers et ses troupes pour faire les levées. Sa Majesté trouve bon que l’on dissimule les petites tromperies qu’ils font pour enrôler les soldats, mais elle désapprouve absolument les violences qu’ils font de prendre des gens sur les marchés et les foires».

1793 : Révolution ,La Convention, gouvernement à cette date est la «Terreur».

La levée en masse est décrétée le 21 août. «Dès ce moment, jusqu’à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armes».

1800 : Le Consulat, Bonaparte 1er Consul.

Le remplacement est toléré le 8 mars pour «ceux qui ne pourraient supporter les fatigues de la guerre». Carnot s’en indigne : «iI se fait un commerce d’homme, on spécule sur ce trafic… un infâme racoleur aborde un jeune paysan, un jeune ouvrier et lui dit «Veux-tu te vendre pour un contingent ? Voilà 300 livres».

1814 : Monarchie,1ère Restauration, Louis XVIII.

Le 4 juin, Louis XVIII concède la Charte. L’article 12 déclare : «La conscription est abolie. Le mode de recrutement de l’armée est fixé par une loi».

1818 : Monarchie, 2ème Restauration, Louis XVIII.

Le maréchal Gouvion Saint-Cyr, ministre de la Guerre sous Louis XVIII rétablit, le 10 mars la conscription : «L’armée se recrute par des engagements volontaires et en cas d’insuffisance par des appels». Chateaubriand, monarchiste, s’en insurge : «comment admettre sous un gouvernement monarchique un mode de recrutement qui conduit à la démocratie par le principe d’égalité sur lequel il se fonde ! »

1832 : Monarchie de juillet, Louis-Philippe 1er.

Loi Soult. Le 21 mars, le contingent annuel est fixé chaque année par une loi d’appel. En 1836, le contingent sera de 80 000 hommes et en 1852, il atteindra 100 000 hommes.

1855 : Second Empire, Napoléon III.

La loi du 26 avril, soutenue par Napoléon supprime le remplacement. Mais, tout mauvais numéro peut-être exonéré en payant une prestation fixée annuellement par le ministre de la guerre et versé dans une caisse qui permettra de payer les primes de rengagement et les pensions. Cette loi fait de l’état militaire une profession.

1872 : IIIème République, Adolphe Thiers.

Article 1er de la loi du 27 juillet : «Tout Français doit le service personnel. Le remplacement est donc supprimé. Le contingent est divisé en deux parties par le tirage au sort. Les mauvais numéros accomplissent 5 ans de service, les bons à peine une année. Des dispenses sont accordées «dans l’intérêt de la nation» : les jeunes étudiants peuvent n’effectuer qu’une année de service moyennant le versement de 1500 francs.

1946 : Gouvernement provisoire de la République, Charles De Gaulle.

La durée du service repasse le 7 octobre à un an, mais l’existence de classes creuses et la gravité de la situation en Indochine portent le service à 18 mois.

1959 : Vème République. Charles De Gaulle.

L’ordonnance du 7 janvier porte sur l’organisation générale de la défense. «La défense a pour objet d’assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire, ainsi que la vie de la population. Elle pourvoit de même au respect des alliances, traités et accords internationaux».

1971 : Georges Pompidou.

Le 10 juin, le code du service national est adopté. Le service national est universel. Il revêt les formes suivantes : le service militaire destiné à satisfaire les besoins de la défense e, notamment de la protection des populations civiles ; le service de l’aide technique, qui contribue au développement des départements et territoires d’Outre-Mer et le service de la coopération en faveur des états étrangers qui en font la demande.

1992 : Jacques Chirac.

La durée du service national passe à 10 mois puis sera suspendu progressivement.