COL Frédéric Geille



Le colonel Frédéric GEILLE

Le père des paras français, inventeur du concept des chuteurs opérationnels, est un Breton.



Né le 19 novembre 1896 à Brest, Frédéric, Cyrille, Jules Geille est étudiant aux Beaux-Arts de Rennes lorsqu'éclate la 1re guerre mondiale. Il s'engage pour la durée de la guerre à Rennes le 20 novembre 1914 et est affecté au
41e régiment d'infanterie dans lequel il va servir pendant trois ans. Il participe aux combats des Eparges (1915), d'Argonne (1916), de Verdun (1916), de Champagne (1917) et de la somme (1918). Il est blessé aux Eparges, et nommé sous-lieutenant à titre temporaire, le 20 mai 1917 en Champagne où seul gradé survivant de sa section " a pris le commandement de son unité et par son énergique intervention a amené le repli de l'ennemi " (citation du 10 mai 1917).

Sur sa demande, il rejoint l'aéronautique militaire le 15 décembre 1917. Breveté observateur d'avion le 22 janvier 1918, il est affecté à l' escadrille Breguet 7 le 12 février 1918. Il va y servir jusqu'à la fin de la guerre, " s'y distinguera à plusieurs reprises en réussissant des missions délicates autant que périlleuses au-dessus des lignes ennemies " (citation du 15 novembre 1918). À ces vols de guerre, il ajoutera un vol d' expérimentation de parachute.

À l'issue du conflit, nommé sous-lieutenant à titre définitif avec effet rétroactif, il demande à rester dans l'aéronautique militaire, ce qui est accepté compte tenu de ses états de service.

Il est désigné pour servir en Pologne dans l'armée Haller le 1er avril 1919 et y rejoint l'escadrille Salsom 39 puis la Bréguet 59. Il y fait preuve d' une " énergie à toute épreuve et d'une grande ténacité " (citation du 1er septembre 1919).

Il rentre en France le 29 avril 1920, et passe son brevet de pilote militaire. Après quelques affectations en métropole et en Afrique du Nord, il rejoint le 39e régiment d'aviation au Liban le 29 mars 1927 ; est promu capitaine le 25 décembre 1927.

Relevé le 1er octobre 1931, il va passer  les quatre années suivantes à l'État-major au parc de la 22e escadre de Chartres.

Le 15 mai 1935 il est désigné, sur sa demande, pour suivre un stage de moniteur parachutiste en Union Soviétique. Il est breveté un mois après. De retour en France, il est chargé d'organiser le centre d'instruction de parachutisme de l'armée de l'air dont il prend le commandement le 9 septembre 1935.

Rattaché à l'école de formation des sous-officiers du personnel navigant d' Istres, ce centre est chargé de former des instructeurs sur l'utilisation du parachute comme moyen de sauvetage dans l'armée de l'air et la marine. Les résultats obtenus sont si probants que la mise sur pied d'unités parachutistes peut être lancée. Le centre est chargé de former les premiers cadres parachutistes des futurs 601e et 602e groupe d'infanterie de l'air. L'instruction menée par le capitaine puis commandant Geille (15-06-1937) est si efficace qu'il est nommé contrôleur permanent de l'instruction technique du parachutisme dans les deux groupes. À ce titre, il met au point une doctrine d'emploi et des matériels spécifiques de ces unités qu'il conduit personnellement lors des deux premières manoeuvres du sud-est et nord-ouest en août et septembre 1937 où elles obtiennent un grand succès d'estime (auparavant il avait établi en 1937 deux records : 1 saut à l'arraché de 35 m de hauteur et celui de 12 sauts en 1 h 45).

Le commandant Geille quitte le centre le 25 août 1938 et rejoint le 2e escadre de chasse où il met sur pied le 3e groupe dont il prend le commandement le 1er Mai 1939. Il le guide avec fermeté pendant la bataille de France en donnant " à ses pilotes le plus bel exemple de l'énergie et du courage " (citation du 24 juin 1940). Il exécute avec succès, le 23 mars 1940, la première attaque aérienne au sol d'engins blindés. Il est abattu en flammes le 13 juin 1940 et, grièvement brûlé, ne se sauve qu'in extremis en parachute. À noter que la veille, le commandant Geille avait dû faire un atterrissage forcé après avoir été descendu par la Flack.

À peine rétabli, il prend, le 25 décembre 1940, le commandement du 3e groupe de la 6e escadre basée à Alger. Il le quitte après les combats de Syrie le 15 novembre 1941, date à laquelle il est nommé lieutenant-colonel. Il commande pendant un an la base aérienne de Ouakam, puis est placé en non activité par le gouvernement de Vichy.

Rappelé en activité, il est nommé colonel le 25 juin 1943 et, le 1er juillet 1943, il prend à Fez, le commandement du 1er régiment de chasseur parachutiste, unité organique de l'armée de l'air. Il va en faire pendant 18 mois un " magnifique régiment à l'âme jeune et ardente capable de toutes les audaces et de tous les efforts, unité forçant l'admiration " (citation du 16 mars 1945). Cela se vérifiera au cours de la dure campagne des Vosges d' octobre 1944 qu'il fait à sa tête.

Affecté à l'EMGA le 25 novembre 1944, il est chargé de deux tâches importantes :

- Créer à Valence un dépôt de personnel de troupes aéroportées où seraient entraînés au saut et au combat les personnels nécessaires à créer une division parachutistes.

- Créer, puis commander un groupement d'écoles du personnel navigant dans le Sud-ouest de la France.

La fin de la guerre en Europe arrête ses travaux. Atteint depuis deux ans par la limite d'âge du personnel navigant, et, bien que maintenu dans le corps des officiers de l'air à titre exceptionnel, le colonel Geille sollicite et obtient d'être mis en congé du PN le 18 mai 1945. Il quitte définitivement l'armée de l'air le 19 mai 1950.

" Type légendaire de bravoure et de bonne humeur, remarquable entraîneur d' hommes " (citation du 6 mai 1942), en 31 ans de service, le colonel Geille a participé aux deux conflits mondiaux où il aura reçu deux blessures de guerre.

Il est titulaire de 8 citations dont 2 au titre de la guerre 14-18, 1 au titre de l'armée polonaise et 5 au titre de la guerre 39-45, il s'est vu, de plus décerner 3 témoignages de satisfaction.

Les 3 unités, les groupes 3/2, 3/6 et le 1er RCP qu'il a commandé ont été brillamment citées au cours de la guerre 39-45 et le rôle qu'il y tint, en tant que chef, particulièrement souligné.

Le colonel Geille était titulaire des décorations suivantes :

- Commandeur dans l'ordre national de la Légion d'honneur,

- Croix de guerre 14-18, TOE, 39-45,

- Médaille interalliée,

- Croix du combattant volontaire,

- Médaille de vermeil de la société d'encouragement au progrès,

- Croix de la vaillance polonaise,

- Croix de chavalier de la " Polonia Restituta "

- Commandeur dans l'ordre du Ouissam Alaouite Chérifien.



Il est décédé le 21 juillet 1976 [note : à saint-Germain-en-Laye]. Et sa mort peut être considérée comme imputable au service car elle est consécutive à une des interventions chirurgicales dont le colonel a été l' objet à la suite de l'accident de parachutisme (éventration) dont il a été victime en 1937 en établissant les records évoqués plus haut.

Le colonel Geille fut le parrain de la promotion 1978, de l'école militaire de l'air.