Le parachutisme militaire

 


ETUDE DE LA TECHNIQUE DU PARACHUTISME

Pour les parachutistes français, l’année 1935 est déterminante. Deux missions françaises sont envoyées en URSS pour étudier la technique du parachutisme et son emploi tactique. L’objectif final est de créer un centre d’instruction de parachutisme en France chargé de former des instructeurs sur l’utilisation du parachute comme moyen de sauvetage dans l’armée de l’air et dans la Marine.


Sur invitation du gouvernement soviétique, une mission composée de trois officiers de l’armée de l’air et de deux officiers de l’armée de terre, est envoyée en URSS pour effectuer un stage au centre d’instruction de parachutisme à l’aéroclub central de Touchino. C’est ainsi que le commandant Lefort, les capitaines Geille et Durieux de l’armée de l’air et le chef de bataillon du Génie Péchaud Chalret du Rieu , le capitaine Mongin de l’armée de terre s’envolent vers Moscou au mois de mai 1935.
Seuls les capitaines Geille, Durieux et le chef de bataillon Pechau Chalret du Rieu sont brevetés parachutistes. 

ISTRES – PUJAUT 1935

Le capitaine Geille prépare, non sans mal, la création du Centre d’instruction de parachutisme. Tout est à faire : «aucun crédit n’était inscrit au budget pour le parachutisme, il faudra se contenter des disponibilités pouvant exister sur le terrain, installations, avions et matériels d’aérodrome ». Quant aux encouragements, il est prévenu qu’il aura « les reins cassés au premier accident ». Enfin, il lui est signifié que le centre sera rattaché à l’Ecole de formation des sous-officiers du personnel navigant d’Istres. « On » s’étonne qu’il ne veuille pas faire exécuter les sauts sur la Crau caillouteuse et « on » lui impose d’utiliser le terrain d’Avigon-Pujaut sur lequel le capitaine Thoret avait déjà créé en 1924 sa fameuse école de remous. Ce terrain est en forme de cuvette, cerné sur tous les flancs par une falaise de quelques dizaines de mètres, délimité par les vignes pleines d’échalas métalliques et coupé par une ligne à haute tension. Cela effraie peut-être le capitaine Geille, mais heureux d’être le patron chez lui, il fait face aux problèmes : textes administratifs, avions et parachutes.
Pour les premiers, c’est facile, il les rédige lui-même. Pour les seconds, c’est plus difficile. Il se voit affecter deux avions, un Potez 25 TOE et un LEO 20.
L’initiation aux sauts à ouverture automatique et à ouverture commandée s’effectuait à partir du Léo 20. Par la suite, le Morane 315 était utilisé pour les sauts acrobatiques et le Potez 540 pour les sauts collectifs avec équipements.




LES  601 et 602 GROUPES D’INFANTERIE DE L’AIR



Une instruction du ministère de l’air du 20 octobre 1936 (n° 2200/I/O/EMAA) prévoit la création de deux Groupes d’infanterie de l’air à partir du 1er avril 1937. Ces deux unités sont destinées à être transportées par avion pour être parachutées en territoire ennemi. Beaucoup des premiers fantassins de l’air proviennent des troupes d’élite de l’armée de terre (chasseurs alpins, tirailleurs et cavaliers). Tous ont un point commun : le goût du risque et de l’aventure ; tous sont sportifs et particulièrement affûtés.


LE BAPTEME DU FEU DES PARACHUTISTES FRANÇAIS


Le 25 mai 1939, le centre d’instruction parachutiste est dissous. Certains de ses personnels participent à la création d’une « section d’expériences pratiques du parachutisme » au Centre d’expertise aérienne militaire de Reims. Les autres moniteurs sont envoyés comme instructeurs de parachutisme dans les écoles de Salon, Versailles, Avord, Istres et Cazaux. Cette année-là, le 601 GIA rejoint le 602 GIA à Maison-Blanche. Pendant « la drôle de guerre », le 601 et le 602 sont regroupés en Avignon. L’ordre est donné au capitaine Glaizot de constituer une compagnie de quatre corps francs et de les entraîner dans les Vosges aux techniques de commando.
Mis à la disposition de la 28e division alpine, ils prennent en charge un secteur d’une quinzaine de kilomètres dans la région de Niederbronn. Ces corps francs effectuent 28 patrouilles en territoire ennemi, 23 embuscades, des protections, des incursions à Lambach et Oversteinbach. Au cours de cette période, les sergents Barate et Solacroup sont tués ; ce sont les premiers parachutistes morts au champ d’honneur.


Au début de la guerre, l’effectif total est de vingt-sept officiers, deux cents quatre-vingt-sept sous-officiers (dont onze élèves) et trois cent cinquante-trois hommes de troupe (dont cent élèves). Les groupes de l’infanterie de l’air disposent de trois Farman 224 et de sept Potez 650 en état de vol, sur un total prévu de vingt-cinq appareils.
Pendant les journées tragiques de mai et juin 1940, les parachutistes participent à la défense de plusieurs villages situés sur la Loire. Ils reçoivent ensuite l’ordre de se replier et les 17 et 18 juin ils quittent la métropole pour Alger. Le 21 août 1940, les unités parachutistes sont dissoutes car non prévues dans les clauses de l’armistice. Le personnel est alors dispersé sur les bases aériennes d’AFN ou affecté aux chantiers de jeunesse en métropole.
Pour fermer cette première page, citons le général Hayez : « C’est l’armée de l’air qui la première a songé à mettre sur pied des unités parachutistes spécialisées… Mais les cercles dirigeants croyaient peu à l’efficacité de cette subdivision d’arme… D’ailleurs les moyens prévus étaient faibles et n’ont même pas été mis sur pied en totalité… Pendant le conflit, les avions n’ont servi qu’à l’entraînement du personnel ou à des transports de matériel au profit des groupes de chasse. Quand aux parachutistes, ils n’ont pas été utilisés comme tels. Leur activité a été limitée à des coups de main dans le groupe franc… Si bien que dans son ordre général n°10 du 24 août 1940, au moment de la dissolution des G.I.A., le commandant Michel était en droit d’écrire : « l’infanterie de l’air est née, a vécu et a été dissoute au milieu d’une regrettable indifférence ». 

 

Le 29 septembre 1940, le 1ère compagnie d’infanterie de l’air est créée en Angleterre et accueille les anciens des G.I.A. ainsi que les volontaires venus de France. Placée sous le commandement du Capitaine Bergé, elle est intégrée aux forces aériennes françaises libres (FAFL).
Le 25 décembre 1940, 2 officiers, 4 sous-officiers et 19 soldats obtiennent le brevet parachutiste britannique. Leurs missions consistent à être parachutés en France pour mener des actions de sabotage et de renseignement.
Le 10 avril 1941, cette unité de l’armée de l’air passe sous le commandement de l’armée de terre de la France libre et devient la 1ère compagnie parachutiste. Elle s’illustre dans la lutte clandestine en France et dans des actions de combat au Moyen Orient.
En juillet 1941 une Compagnie d’Infanterie de l’Air est créée avec le personnel des deux anciens groupes. Elle prend le nom de compagnie de l’infanterie de l’air n°1 « CIA 1 », elle est stationnée à Oued Smar près d’Alger. Elle est commandée par le Capitaine Sauvagnac, secondé par la Capitaine Mayer.
En novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du Nord. Les informations et les ordres sont contradictoires. Mais aucun coup de feu n’est tiré. Certains, comme le parachutiste André Pasquier, profitent de la confusion pour rejoindre l’Angleterre et se font intégrer dans les SAS. A la mi-décembre, la CIA rejoint les anciens cantonnements du 602 GIA à Baraki.
Le 1er Bataillon de Chasseurs Parachutistes est créé en février 1943 et s’installe à Fez (Maroc) sous le commandement du Commandant Sauvagnac puis du Commandant Hartman.

               



Le 1er mai 1943, est créé le premier Régiment de Chasseurs Parchutistes (RCP). Equipé par les Américains, il est composé de 2 bataillons commandés par les Capitaines Mayer et Fleury.
Le 1er juillet 1943, le Colonel Geille prend le commandement du 1er RCP. Son second est le commandant Faure. Le 1er octobre 1943, le régiment quitte Fez pour rejoindre les troupes aéroportées de la 82e Airborne Américaine à Oujda. Il s’entraîne en montagne à Bordj-Ménaïel, en Algérie, en vue d’une action dans les balkans. L’opération est annulée.
Le 7 avril 1944, le 1er RCP est aérotransporté sur Trapani en Sicile afin de participer à la conquête de l’île d’Elbe. En dépit d’un entraînement particulièrement intensif, le 1er RCP ne participe ni à cette mission ni au débarquement en Provence, malgré une intervention désespérée du Colonel Geille et du Commandant Faure auprès du Général de Lattre de Tassigny à Naples. Le 6 juin 1944, le 2e RCP saute en Bretagne et se bat enfin sur le sol de France. Le 11 juillet 1944, le 1er RCP se déplace à Rome où il doit patienter jusqu’au 4 septembre 1944 pour être aérotransporté sur Valence. Le régiment est alors mis à la disposition du Commandement de 2e Corps. A parti de ce moment-là, les hommes du 1er RCP prennent part à la libération du pays :
- Combats victorieux des cols du Morbieux et du Ménil, côte 1008.
- Combats du signal 111 en décembre 1944,
- Le Régiment se couvre de gloire dans la campagne d’Alsace (Gerstheim, Bofzheim, Wittenheim, Neurkirch, Binderheim).
En janvier 1945, le régiment est mis à la disposition du Commandant de la 5e DB et participe à la bataille décisive pour la libération de Colmar.
A la fin de la guerre, le 1er RCP rejoint la base d’Avord où stationne le nouveau centre d’instruction parachutiste.
Le 1er août 1945, toutes les unités parachutistes de l’armée de l’air sont reversées dans l’armée de terre.

 


HERITIERS DE L’INFANTERIE DE L’AIR (602 G.I.A.)

Le 12 mars 1956, les commandos parachutistes de l’air (CPA) n° 10, 20, 30, 40 puis 50 sont créés en Algérie. Ils sont réunis au sein du Groupement des commandos parachutistes de l’air (GCPA 541) stationné à La Réghaïa. Ils participent activement aux opérations contre la rébellion. Le 3 février 1959, le GCPA 541 reçoit son Drapeau et poursuit avec conviction ses actions. Le 31 mai 1961, il est dissous.
Dès la fin des hostilités, les commandos de l’air rejoignent la base aérienne 136 de Bremgarten en Allemagne, pour se voir confier la protection des premiers éléments de la force aérienne de dissuasion nucléaire.
En 1965, est créé sur la base aérienne 726 de Nîmes l’Escadron des fusiliers commandos de l’air (EFCA). Il assure la formation de l’ensemble des cadres chargés d’assurer la protection des bases des forces aériennes stratégiques (FAS).


Le 1er août 1968, l’EFCA devient l’Escadron des fusiliers commandos d’intervention (EFCI). Il hérite des traditions des Commandos de l’air et se voit confier la garde de leur Drapeau. Ses missions ne cessent de s’élargir et son existence est pérennisée par la création du Groupement des fusiliers commandos de l’air (GFCA) élevé au rang de grand commandement le 1er mars 1978, puis de commandement organique de l’armée de l’air le 11 mars 1994. Il prend alors l’appellation de Commandement des fusiliers commandos de l’air (CFCA).
Dans le cadre de la réorganisation de l’armée de l’air, le CFCA quitte Nîmes après plus de trente années de présence, pour s’implanter sur la base aérienne 102 de Dijon. Durant cette longue période, les fusiliers commandos se sont distingués dans de nombreuses opérations (Lamentin, Tacaud, Manta, Epervier, Turquoise, etc.) et sur de nombreux théâtres d’opérations extérieures (Péninsule arabique, ex-Yougoslavie…)
La professionnalisation, l’optimisation des moyens dédiés à la protection et à la sécurité des installations, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du territoire national, conduisent l’armée de l’air à rassembler les commandos et les pompiers de l’air au sein d’un même commandement. En 2003, le CFCA devient le Commandement des Forces de protection et de Sécurité de l’armée de l’air.