Les Maîtres instructeurs

Vous avez dit M.I. ?




L’instruction au sein de l’Armée de l’Air a toujours eu une importance reconnue. Ce postulat étant dit, on se doit de rappeler les étapes dans l’organisation et  son évolution.

Dans un rapide survol, j’en vois quatre :

   Le calque marine,

   La formation US,

   L’arrivée des FAS,

   La pédago…

 






Le calque Marine :

1934, après des luttes au plus haut niveau militaire & politique, la loi qui décide la création d’une armée de l’air est signée ; il faut souligner que son homologue britannique, la R.A.F, fut créé en 1922, c'est-à-dire au lendemain de la Première Guerre mondiale (1914/1918). Mais pour nous français, cela a été long et difficile.

En effet, l’hostilité des terriens qui considéraient l’aéronautique militaire comme une subdivision d’arme (à l’instar de l’artillerie, du génie etc.) et les marins qui craignaient que l’amorce de leur aéronautique navale ‘’parte dans les airs’’ (petite anecdote, les amiraux de l’époque n’ont pas voulu que la veste de la tenue de sortie des aviateurs soit croisée…), on peut dire que la naissance de l’armée de l’air s’est faite aux forceps…

La toute jeune armée de l’air met l’avion au centre de ses soucis et de ce fait, pense à la formation de ses hommes. En cela, les aviateurs imitent les marins qui ne vivent  ‘’qu’embarqué’’ et les missions en mer nécessitent des équipages entraînés. La Marine de guerre possède l’expérience de la formation avec ses écoles de Maistrances, dans les ports ou à bord et dans les arsenaux. En 1936, l’A.A reprend les schémas qualificatifs des officiers mariniers. D’où les termes suivant : brevet élémentaire, brevet supérieur & cadre de maîtrise.

         En supprimant les termes des régiments d’aviation, l’AA se démarque de l’AT en créant en plus des grades et des épreuves afférentes (pelotons, certificats), des qualifications techniques  (brevets etc.). Des formations spécifiques virent le jour, sous le vocable école des mécaniciens ou d’apprentis (arpète).

Dés sa création, ‘’l’air’’ regroupait l’aéronautique militaire et civile sous l’autorité d’un ministre (ou d’un secrétaire d’état de l’air) et les champs d’aviation devinrent des aérodromes, des aéroports où une base aérienne s’installait. Des écoles communes d’ingénieurs se créèrent. Une formation de jeunes pilotes (1) dans le cadre de l’aviation populaire commença à s’épanouir au sein des aéro-clubs.

(1) à l’instar de l’URSS et de l’Allemagne nazie.


La formation U.S :

Après la défaite de 1940, l’occupation allemande et les combats de la libération, l’A.A n’avait plus de bases aériennes intactes. Les usines et autres entreprises aéronautiques françaises avaient été détruites par les bombardements alliés et les ingénieurs français disparus (2) ; mais surtout son matériel aéronautique était très diversifié : Avions britanniques et américains et même aéronefs allemands en prise de guerre comme le Junker 52 (rebaptisé Toucan) ou le Storch (devenu Le Martinet) etc.  Dans le cadre du Plan Marshall (3) les USA fournissent à l’Armée française de l’armement, des véhicules et des avions. Les pilotes partent se former aux Etats-Unis. Des missions de commandement font des séjours dans les ‘’factory’’ du Wichita (Kansas) et surtout dans les gigantesques  ‘’AFB’’ de l’Alabama ou de l’Arkansas. Les ‘’frenchies’’ sont subjugués par le professionnalisme et l’efficacité de la formation américaine (et peut-être aussi par ‘’ l’american way of life’’ et sa musique naissante : le Rock N’ Roll)…

Rochefort, Saintes se construisent (ou se reconstruisent) Salon s’installe, Rabat au Maroc (alors protectorat français) voit son école de pilotage se développer. L’urgence des besoins en techniciens (mécanos, armuriers, électriciens) et dans d’autres spécialités (COA, ravitailleurs etc.) pousse l’AA à utiliser les méthodes U.S de formation. Les initiales TWI (training within industry) devient un ‘’must’’ et c’est sur ce concept que des directives ‘’école’’ sont formatées. A Rochefort, un stage de formation de formateurs TWI est institué.

Les contrôles et autres examens se rationalisent, plus de phraséologie inutiles (et pénalisantes), on va à l’essentiel sous forme de tests vite appelés : ‘’américain’’ avec trois propositions de réponses « 2 fausses, une bonne ». La technicité US devient prédominante dans la France des ‘’Trente glorieuses’’ (4) les mots ‘’Link trainer’’, GCA, Tacan, Twr, QRA, etc. s’installent dans le jargon des bases aériennes.

Les cadres brevetés supérieurs de Rochefort dans certaines spécialités sont aspirés par le secteur civil, friand de gens bien formés. Le ‘’turn over’’ oblige les écoles AA de produire encore plus de main d’œuvre qualifiée qu’on dénomme non pas élève sous-officiers mais élèves techniciens et pour ceux qui n’ont pas réussi dans les tests de la ‘’sélor’’ on leur propose un engagement comme aide technicien.

 

(2)  L’exemple le plus emblématique fut Marcel Dassault, survivant des camps de déportation.

(3)  Du nom d’un général américain formidable logisticien qui avait compris qu’il fallait aider les pays de l’Europe occidentale dans tous les domaines et ce pour éviter le communisme.

(4)  1946/1976 la France se reconstruisait, l’inflation était galopante et la consommation aussi.


Cette ‘’civilisation’’ de la formation se concrétise par des initiales qui apparaissent dans les écoles techniques AA : Les PTA.

Ces professeurs techniques adjoints sont des sous-officiers de certaines spécialités du Personnel Non Navigant Spécialiste, titulaires de la qualification supérieure et voulant servir comme instructeurs dans les bases de Rochefort, Saintes, Nîmes & Salon. Les candidats passent un concours de l’éducation nationale pour pouvoir effectuer un stage civil (durée 1 an) de formation au sein d’une école technique située en région parisienne.

 

L’arrivée des FAS  :  

La fin de la Guerre d’Algérie en 1962 marque le ferraillage progressif des aéronefs à moteur à pistons (T6, Fennecs, DC4, Flamands 311 etc.), les ‘’réacteurs  et autres turbos propres’’ tricolores se font de plus en plus entendre sur les bases hexagonales.

1964/65, la première génération de la Force Nucléaire Stratégique avec sa bombe atomique est confiée à l’A.A. L’environnement ‘’ Nuc’’ s’installe sur une dizaine de bases, un système d’alerte est monté, des clôtures et des contraintes se font jour (badges, permanences etc.), l’électronique et les transmissions se densifient. Des écoles s’ouvrent pour une spécialisation accrue dans les formations spécifiques.

La guerre froide imposée par l’URSS et ses satellites font de la France un objectif mais pas uniquement, la globalisation de cette menace se concrétise en Afrique, en Asie.

 On redécouvre que le technicien, doit être aussi un combattant au sol, la base école de Nîmes devient la porte d’entrée du jeune engagé qui apprend la rusticité dans les garrigues environnantes. La formation militaire et ses initiales (ITT, NBC, FCM) s’écrivent dans des fascicules d’instruction. Les cadres officiers et sous-officiers participent à tour de rôle à la formation élémentaire des appelés dans le cadre du CIM base.  

La variété des formations dans les spécialités aussi différentes que commis aux vivres ou ‘’télecs’’, l’éparpillement des G.E ou G.I et des unités d’instruction sur les bases dans l’hexagone, les responsabilités diluées entre le 5ème bureau de l’EMAA, les grands commandements et les 4 régions aériennes engendrent le besoin d’un grand commandement spécialisé dans la formation, il prendra en 1974 le nom de : Commandement des Ecoles de l’Armée de l’Air (5).

 

(5)  Ce grand commandement sera le premier organisme à être décentralisé à Tours.

 

  

La pédagogie :

Le Général Roland Glavany prend le commandement du CEAA, ce soldat et pilote au parcours atypique (6), constate qu’au sein des écoles AA, il y a :

  • des chapelles où on pratique encore le cours magistral dédaignant les aides audio-visuels,
  • des dérives dues à une recherche de l’élitisme,
  • Une méconnaissance de la finalité opérationnelle,
  • Les PTA formés au frais de l’AA, partent pantoufler comme enseignants dans l’E.N. qui n’était pas encore le ‘’mamouth’’, (mais faisait des efforts…)
  • Des officiers qui considèrent qu’une affectation au CEAA est une punition ou une préretraite.

Appliquant une des ses devises « les choses qu’on ne fait pas vite, on les fait jamais ! », ce grand patron impose rapidement:

*Un centre pédagogique air ‘’hors Soubise’’ sur la base aérienne de Chambéry,

*Des stages spécifiques de pédagogie, de FMC et d’utilisation de moyens audiovisuels (7),

* Des fascicules appelés ‘’Livre de cours’’ au modèle pré-établi,

* Des cours formatés par un imprimé ‘’la feuille 3 colonnes’’,

* Des tests contrôlés par son EM (avant d’être distribués) ce sont les QCM avec leurs 5 distracteurs (les tests américains disparaissent) et une question ouverte finalise ce formulaire d’examen,

* Des conclaves à Chambéry réunissent les officiers affectés dans son commandement et permet au patron du CEAA de faire passer son message…

En 1975, le Gal Glavany supprime les PTA et invente le terme de Maître Instructeur. Il impose à la DPMAA (et surtout dans les esprits) la spécificité reconnue  de ces M.I.!

Montrant que la formation de l’armée de l’air doit être spécifique tout en abattant les murs séparant les spécialités techniques et les autres, il ouvre le concours d’entrée des maîtres instructeurs à toutes les spécialités.

 

(6) En 1940 il passe le concours des élèves officiers, mais c’est l’occupation, il s’échappe de cette France pétainiste, en passant en Espagne (à pieds), il rejoint l’Afrique Française du Nord. On le désigne pour effectuer son stage aux U.S, il refuse et s’engage au 1er Choc, unité constituée pour les débarquements de force. Le Ltt Glavany en fait 3 ! (La Corse, l’île d’Elbe et la Provence en Août 1944). A la libération de la France, il rejoint l’A.A. pour suivre sa formation de pilote. Il devient pilote d’essais des premiers Mirages. En 1975, comme général, il saute à la St Michel des fusiliers commandos air…

(7) Dans les années soixante dix, les premiers appareils – TV, magnétoscope, Caméra portatives, projecteurs de diapositives, rétroprojecteur- se vulgarisent et on parle d’aides audio-visuels. Bien avant les enseignants de l’éducation nationale, les instructeurs AA utilisèrent  les rétroprojecteurs, dessinèrent des transparents sous la direction des maîtres instructeurs.

  

 

1975/ 2010, durant cette période, l’A.A s’est professionnalisée, féminisée et informatisée et son format a été quelque peu diminué, les maîtres instructeurs ont continué d’œuvrer au sein des écoles de formation.

M.I. ce sigle âgé de 35 ans a acquis cette maturité et cette maîtrise qui sied aux professionnels de l’air.

 

 

 

B.L.